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Lancée il y a plus de dix-sept ans, la réforme du système bancaire tunisien commence à porter ses fruits à l’échelle nationale. Mais l’atomicité du secteur empêche l’écrasante majorité des opérateurs de se lancer dans la course à l’international.

Les banques tunisiennes encore loin de l’expansion à l’international

Par Walid Kéfi, Tunis

Contrairement à leurs consoeurs marocaines, devenues ces dernières années des acteurs incontournables sur les marchés africains à forte croissance, les banques tunisiennes peinent encore à parachever leur développement à l’échelle nationale. A preuve : une délégation de la Banque mondiale a encore une fois pressé, courant mai 2008, les autorités tunisiennes d’accélérer la réforme du système bancaire afin d’améliorer le positionnement des banques tunisiennes dans un marché exigu et de leur permettre de jouer la carte de la «régionalisation» dans quelques années.
Tout en félicitant les autorités pour les efforts déployés en matière d’intégration des technologies de l’information et de la communication, l’institution internationale a noté que le volume important des créances classées et la mauvaise qualité d’actifs restent encore le talon d’Achille du secteur bancaire tunisien.
Le constat de la Banque mondiale confirme les conclusions d’une étude publiée fin avril dernier par Fitch rating. « La gestion des risques demeure un des points faibles des banques tunisiennes, même si ces dernières poursuivent, à l’instigation des autorités de tutelle, leurs efforts pour être en mesure d’appliquer les directives de l’accord de Bâle II à l’horizon de 2010 », a indiqué l’agence de notation financière.

Amélioration des indicateurs
A la veille de la réforme du système bancaire lancée en 1995, le portefeuille crédit présentait des créances douteuses faramineuses, en raison notamment du poids important du secteur public, l’Etat favorisant l’endettement des entreprises qu’il détenait ou celles relevant de secteurs définis comme prioritaires ou très dépendants des aléas de la conjoncture économique internationale comme le tourisme.
Beaucoup d’améliorations on été apportées ces dernières années, grâce notamment à la création de sociétés de recouvrement des créances, la titrisation qui consiste à transformer certaines créances en valeurs mobilières et des provisionnements importants favorisés par des conditions fiscales avantageuses. Conséquence : le taux des créances classées a baissé à 17,3% en 2007. De son côté, le taux de couverture des créances classées par les provisions a connu une amélioration significative, passant de 47% en 1997 à 54,5% en 2007, selon un rapport de la Banque centrale de Tunisie (BCT).
Avec un taux de créances classées de 7%, la Banque de Tunisie (BT) dispose de la meilleure qualité d’actifs, suivie par la Banque de l’habitat (BH, 14%).
Attijari Bank, filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank depuis 2005, souffre encore d’un taux de créances douteuses élevé, hérité en grande partie de plus de trois décennies de dirigisme étatique. Selon la BCT, tous les établissements ont également poursuivi leurs efforts pour améliorer leur assise financière. Leurs fonds propres ont atteint 3,2 milliards de dinars, en hausse de 8,7% en un an.

Du pain sur la planche
Fitch rating estime toutefois que les banques tunisiennes doivent poursuivre leurs efforts de provisionnement pour se conformer aux recommandations des autorités bancaires locales qui visent un taux de créances classées de 15% et un taux de couverture de ces créances par les provisions de 70% en 2009.

Maxula Bourse déplore en effet « l’atomicité » du secteur composé de 18 banques universelles, huit établissements offshore, deux banques d’affaires et neuf représentations étrangères.
Un rapport consacré au secteur, publié début mai par Maxula Bourse, estime également que les banques tunisiennes sont plus que jamais appelées à s’orienter vers un « processus de fusion-acquisition-concentration. Ce processus permettra aux établissements de crédit d’améliorer leur rentabilité et de se doter du poids nécessaire pour entamer une politique d’expansion à l’international », assure cet intermédiaire en bourse.
Jusqu’ici seules deux banques privées ont réussi à s’implanter dans les autres pays du Maghreb : la Banque internationale arabe de Tunisie (BIAT), qui a ouvert un bureau de représentation en Libye, et l’Amen Bank, qui avait crée une filiale de leasing en Algérie.
Maxula Bourse déplore en effet « l’atomicité » du secteur composé de 18 banques universelles, huit établissements offshore, deux banques d’affaires et neuf représentations étrangères.
Aucun rapprochement entre des banques tunisiennes n’a été enregistré depuis janvier 2001, date de l’absorption par la première banque tunisienne, la Société tunisienne de banque (STB, publique), de deux autres banques contrôlées par l’Etat, en l’occurrence la Banque de développement économique de la Tunisie (BDET) et la Banque nationale de développement touristique (BNDT). « A travers cette fusion entre trois banques publiques, le gouvernement a voulu monter la voie aux banques privées qui rechignent toujours à s’unir malgré un positionnement très difficile sur un marché local exigu », note un directeur à la Banque internationale arabe de Tunisie, première banque privée du pays.
D’autre part, les privatisations se font toujours aux compte-gouttes. Après trois opérations réussies réalisées au cours des cinq dernières années, aucune autre banque publique ne figure désormais sur la liste des entreprises privatisables.
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