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Botticini enseigne l’économie à l’université Bocconi de Milan, en Italie ; Zvi Eckstein a été adjoint au gouverneur de la Banque d’Israël de 2006 à 2011 et pourrait devenir son prochain gouverneur. Il est actuellement doyen du département d’économie au centre d’enseignement interdisciplinaire de Herzliya. Le livre qu’ils signent ensemble offre une nouvelle perspective sur la façon dont les juifs sont devenus ce qu’ils sont.

« Pourquoi les juifs forment-ils une population urbaine de commerçants, de banquiers, d’avocats, de médecins et d’universitaires, pourquoi sont-ils les privilégiés de la société ? », se demandent les auteurs. « Pourquoi se sont-ils dispersés dans d’innombrables diasporas au fil de l’histoire du monde, vivant en minorité dans des villes et des villages à travers le globe pendant des millénaires ? » Nous avons pour la plupart une réponse à donner… « Un Israélien dirait : “Nous avons été persécutés et expulsés de notre pays, puis de beaucoup d’autres… Nous avons été une diaspora pendant près de 2000 ans après la destruction du Second Temple de Jérusalem” », écrivent-ils.

« L’Européen, lui, expliquerait que, dans l’Europe médiévale, les chrétiens n’avaient pas le droit de pratiquer l’usure, tandis que les juifs étaient exclus des métiers de l’artisanat et des confréries de marchands : les juifs étaient donc devenus prêteurs, banquiers et financiers par la force des choses… D’autre part, les nombreuses persécutions, les expulsions et les massacres ont contribué à leur dispersion.

« L’économiste, enfin, montrerait que les persécutions régulières dont les juifs ont été victimes les ont dissuadés d’investir dans du capital physique… Ils se sont donc rabattus sur le capital humain (l’éducation), qui est transportable et ne peut être confisqué. » Ces trois points de vue prennent en compte une théorie de l’histoire juive qui a été qualifiée de larmoyante, et qui affirme que les juifs sont ce qu’ils sont parce que les antisémites les ont haïs.

Les juifs, instruits et alphabétisés
Toutefois, ajoutent Botticini et Eckstein, « aucune de ces trois théories classiques ne suffit. La véritable explication est ailleurs… La destruction du Second Temple, en l’an 70, a transformé le judaïsme, faisant de ce culte fondé sur les sacrifices rituels une religion qui exige de chaque juif qu’il lise et étudie la Torah en hébreu et qu’il envoie ses fils à l’école et à la synagogue pour qu’il fasse de même.

Dès lors, la force unificatrice du Temple a été remplacée par celle de la Torah. Chaque juif devait être instruit et connaître la Torah. En conséquence, les juifs étaient alphabétisés quand les autres ne l’étaient pas. Cela leur a donné un avantage certain dans l’économie commerciale, les techniques, le commerce, l’usure, la banque, la finance et la médecine. En outre, certains se sont dispersés volontairement en vue de trouver des opportunités professionnelles aux quatre coins du monde. » J’ai interviewé Botticini et Eckstein pour tenter de les faire aller plus loin encore dans leur postulat iconoclaste.

Est-ce vraiment l’instruction des juifs qui a créé ces privilégiés de la société ? N’est-ce pas plutôt le vaste réseau qu’ils forment à travers le monde qui leur a permis de bâtir leur richesse sur la banque ?

« C’est parce qu’on est instruit que l’on a la capacité de créer des réseaux. Une fois que l’éducation est là, on choisit des métiers dans lesquels elle sera utile, comme le commerce et la finance. Puis on devient mobile, on se déplace pour pouvoir gagner sa vie. En bougeant ainsi, et parce qu’on est instruit, on commence à développer des réseaux. Comme les enfants et les adultes juifs ont appris à lire la Torah en hébreu, ils sont aussi capables de lire d’autres textes, comme des lettres ou des contrats. Ainsi, l’éducation religieuse leur permet-elle d’acquérir une instruction plus générale.

« Durant la période que nous avons étudiée, de l’an 70 à 1492, les juifs ont appris de nombreuses langues locales : l’araméen, le grec, le latin, l’arabe, l’espagnol et l’allemand. Leur éducation et leur capacité d’apprentissage les ont poussés à se déplacer… puis, par la force des choses, à créer des relations avec les juifs d’autres lieux… ce qui est très précieux lorsqu’on fait du commerce ou de la finance. »

Un élément supplémentaire a donné toute sa valeur à ce réseau juif : l’éthique, liée à l’étude de la Torah. Les gens se fiaient aux juifs, ils leur confiaient leur argent parce qu’ils les savaient honnêtes, ancrés dans un code de lois très fort.

Cet élément reprend tout son sens de nos jours, dans ce monde post-crise, où le commun des mortels a perdu sa confiance dans les banques, où les établissements bancaires ne se fient plus aux autres établissements bancaires et où les citoyens n’ont plus confiance en leur gouvernement, qui se sert de l’argent du contribuable pour soutenir les banques et les grosses fortunes. N’est-ce pas la confiance, plutôt que le capital, qui a toujours importé pour la finance mondiale, hier comme aujourd’hui ?

« Il y a de nombreux siècles, en effet, les juifs possédaient toute une série d’institutions destinées à faire appliquer les contrats : un code de lois écrites, le Talmud, des tribunaux rabbiniques, une responsa rabbinique écrite qui aidait à régler les controverses juridiques que le Talmud n’avait pas prévues… Or les valeurs, l’éthique et les codes de lois constituaient des piliers importants du fonctionnement des marchés. Peut-être faut-il blâmer les économistes et les historiens de l’économie de n’avoir pas transmis ce message au grand public avec suffisamment de force et de clarté. »

Source: JPost (Copyrights)

 

 

Tag(s) : #articles de presse
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