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Banques tunisiennes - Hommes d’affaires : faut-il en finir avec le tutorat ?

  • Banques tunisiennes - Hommes d’affaires : faut-il en finir avec le tutorat ?

    Presque deux mois après sa réunion avec les hommes d’affaires tunisiens, le 5 mai 2011 à l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE), M. Mustapha Kamel Nabli, gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a repris son bâton de pèlerin. Pour ce vendredi 8 juillet, direction le siège de l’Union Tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat (UTICA) pour une rencontre avec les hommes d'affaires ayant pour thème : « les entreprises et les banques après la révolution ».
    Comme à l’accoutumé, son discours est optimiste, mais le message est direct : « N’ayons pas peur de l’avenir», s’est-il exprimé en substance. Car « la transition démocratique est tributaire de la reprise économique » à même de donner des réponses aux attentes des Tunisiens, notamment les jeunes, qui ont fait la révolution : emploi décent, développement régional …
    En face, les hommes d’affaires n’ont pas, de leur côté, dérogé à leur discours – d’avant révolution – reflétant l’habitude d’être assistés par le gouvernement et les institutions bancaires, un esprit de tutorat en quelque sorte.

    Heureusement que Hichem Elloumi émerge du lot pour, logiquement, défendre la cause des chefs d’entreprises – citant au passage les menaces à l’arme blanche subie par un industriel parmi les plus importants employeurs en Tunisie et qui a fini, sous la pression, par accepter et parapher les demandes de ses agresseurs et ce, sans que les ministères de l’Intérieur et de la Défense, respectivement appelés au secours, n’interviennent à temps.

    Ce qui importe pour M. Elloumi c’est que le soutien de l’Etat balise le terrain à une reprise et sauvegarde l’attractivité du site Tunisie : « les automobilistes préparent d’ores et déjà des plans B pour délocaliser les activités existant en Tunisie », avertit-il.
    Et de constater, amèrement, que « l’Etat prend son temps », or « on est dans une période de crise où la réactivité est essentielle » !

    Cependant, quid de la réactivité des hommes d’affaires ? Puisque le gouverneur de la BCT n’hésite pas à lancer à leur encontre que « les chefs d’entreprises doivent prendre des risques » - certainement calculés – tout en ajoutant qu’un dosage sensé de confiance et de réactivité est nécessaire pour aller de l’avant.
    Néanmoins, d’après ce que nous avons entendu lors de cette séance-débat, les hommes d’affaires connaissent peu ou mal le secteur bancaire. L’exemple le plus frappant est celui d’un homme d’affaires, président de chambre par ailleurs, qui parle de la banqueroute de la Société Tunisienne de Banque (STB) et demande qu’on la traite comme une entreprise en faillite !

    De son côté, Mme Samira Ghribi, Pdg de la STB, souligne que la banque demeure la première de la place dans le financement de l'économie et la seconde en matière de rentabilité bancaire. Elle précise, au passage, qu’au cours du premier semestre de l'année, la STB a injecté 465 millions de dinars en guise d’enveloppe de financement, enregistrant ainsi une évolution de 8,1% !
    A cette incompréhension, la proposition de Mme Wided Bouchamaoui, présidente de l'UTICA, d’organiser des rencontres semestrielles entres les entreprises et les banques pourrait rapprocher les points de vues et pallier à ces divergences d’opinions et d’intérêts. Car, comme le souligne M. Férid Ben Tanfous, Pdg de l’ATB, respectivement, les entreprises et les banques gagneraient à se rapprocher et à se comprendre. L’évolution des uns et des autres est tributaire de cette jonction des efforts.

    Sur un autre plan, les hommes d’affaires ont, à maintes reprises, exprimé le sentiment d’être lâchés par le gouvernement, voire même « marginalisés » pour reprendre l’expression d’un intervenant. On a même senti du désespoir, notamment quand il s’agit des mesures de soutien aux entreprises sinistrées, mais aussi et surtout, du décret relatif à l'amnistie générale sur les chèques sans provisions (nous y reviendrons).
    De son côté, M. Nabli change de discours par rapport à celui de l’IACE : en mai, il appelait les entreprises à trouver des solutions avec les banques. Mais, en juillet, il demande à l’UTICA de dresser une liste concrète à la BCT pour étudier au cas par cas le soutien bancaire aux entreprises sinistrées.
    Car, et c’est une histoire vieille de six ans déjà qui le confirme, les maux de l’entreprises ne viennent pas uniquement du secteur bancaire.
    C’est le cas des exportateurs d’huile d’olive et dont le président de la chambre évoque la réticence des banques à octroyer les facilités et l’appui financier stipulés par les autorités financières et le gouvernement depuis 2005.

    En face, deux Pdg de banques, en charge du dossier à la BCT, rétorquent que les exportateurs ayant réellement subi des dégâts lors de la période couverte par les mesures, en ont bel et bien profité. Les autres traînaient, bien avant 2005, des casseroles dues à des problèmes systémiques.
    Quant M. Nabli, il a demandé qu’on lui communique, en vue de les étudier, les cas où les banques n’ont pas appliqué les décisions !
    Deux exemples qui confirment le constat déjà établi par M. Jaâfar Khattech, Pdg de la Banque Nationale Agricole (BNA), qui relève l’absence de réflexion sur les financements sans garantie réelle et ce, tout en appelant les entreprises « à se tourner vers les nouveaux mécanismes de financement » comme les Sicar’s, les Fonds d’investissement ou la bourse.

    Cependant, en théorie avant la révolution et concrètement depuis le 14 janvier, l’accès à ces mêmes mécanismes exige des conditions strictes de transparence financière, de solidité et de stabilité (budgétaire, managériale, stratégique). Et c’est peut-être là où le bat blesse !

source : businessnews

Tag(s) : #articles de presse
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