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Entretien conduit par Amel Belhadj Ali

·  Quelles sont vos priorités pour l’instant?

Nous allons commencer par la préparation de la Loi de Finances complémentaire. Nous avons déjà démarré les réunions et nous continuons à nous réunir à ce propos avec les directeurs généraux et en discuter le cadre des préparatifs. Notre marge de manœuvre sera limitée parce qu’une bonne partie de l’année est déjà engagée.

Nous finalisons nos échanges à propos des mesures drastiques en matière de compression du budget de l’Etat et qui ont été fortement critiquées. Certaines mesures ne me paraissent pas pertinentes ou adéquates dans la loi de finances 2014, mais compte tenu de la marge de manœuvre limitée, touchant aux finances publiques, nous sommes en train d’examiner les meilleures façons de les appliquer sans trop de dégâts.

Il y a des propositions qui préconisent la limitation ou la levée de certains impôts, mais elles ne nous disent pas comment le faire. D’ailleurs, aucune contribution n’a été faite dans ce sens. Pire, nous sommes en plein dans la réforme sociale, et ce que je constate est que dans le secteur formel, les marges de manœuvre sont quasi inexistantes.

Il y a aussi le mythe des forfaitaires qui persiste mais depuis deux ans, cela n’est plus vraiment le cas. Des réformes importantes ont été faites et certains commerces, pour ne citer qu’eux, ne sont plus au régime forfaitaire mais plutôt à la comptabilité réelle, et le contraire est aussi vrai, donc la marge de liberté pour le secteur formel est très limitée.

Lors de votre dernière conférence de presse, vous avez parlé des audits sur les banques publiques. Ceux de la STB et la BH, achevés, quel est votre diagnostic?

Je ne veux pas rentrer dans les détails, il y a deux audits qui sont quasiment terminés, celui de la STB et celui la BH. Celui de la BNA souffre d’un retard lié à la qualité des rapports des auditeurs et qui ont été rompus par les concernés. Il a été décidé, et ce n’est pas moi qui l’aie fait mais plutôt la banque elle-même, de le confier à un autre cabinet.

Ce que nous avons découvert n’est pas surprenant. Malheureusement il est de notoriété publique que ces trois grandes banques publiques ont de grandes difficultés de management tous azimuts, ainsi que des problèmes liés au positionnement stratégique. Les plus grandes complications se situent au niveau des créances accrochées relativement importantes, sans parler de celles relatives aux ressources humaines et à la gestion.

Les audits les ont confirmées et estiment que, pour sauver ces banques, il faut entamer de véritables réformes. Le gouvernement actuel ne veut pas limiter les réformes aux trois grandes banques mais en profiter pour qu’elles soient étendues à tout le secteur bancaire.

Pour exemple, comme tout le monde le sait, l’Etat n’est pas présent dans seulement ces trois banques mais il l’est dans 12 banques. Est-il nécessaire dans ce cas de garder des participations de 15 à 10% dans certaines banques, alors qu’il est peu probable que cette présence serve les intérêts stratégiques de l’Etat?

 

Les trois banques publiques que nous avons citées, si nous les fusionnions ensemble après avoir nettoyé leurs ressources, assaini leurs comptes propres, dynamisé, ne seraient même pas en mesure de financer un grand projet d’infrastructure. A titre d’exemple, le port d’eau profonde d’Enfidha ou un autre de son envergure.

·         Que préconisez-vous pour le financement de ce genre de projets?

Concrètement, nous avons besoin d’une institution très importante qui est la CDC. Elle serait le bras financier de l’Etat dotée de capacités importantes. Nous devons pousser plus loin la réflexion sur le rôle de la CDC dans le financement des grands projets. Mais il y a aussi deux autres instruments d’aides aux PME/PMI.

Nous avons créé la BFPME qui souffre de grandes difficultés à cause d’un business modèle qui lui fait supporter des financements dans toutes les activités et qui peuvent être non rentables. Ce qui nous amène à réviser le business modèle de la banque et surtout faire en sorte que l’ensemble des instruments soit simplifié et standardisé.

En Tunisie, dès que nous rencontrons un problème, nous créons un instrument pour y parer et nous faisons du surplace. La réflexion à laquelle nous voulons aboutir, est que la BFPME soit dotée d’un nouveau business modèle qui lui permettra d’assurer sa soutenabilité et la mettra hors difficultés. La BFPME doit être rentable et ne peut pas continuer à vivre en s’adossant sur son approvisionnement en liquidités par les pouvoirs publics tout les trois ou quatre ans. Cela ne sert ni les intérêts de entreprises ni ceux de l’Etat et encore moins du contribuable.

Comment aider les entreprises tunisiennes à conquérir du terrain, lorsqu’elles manquent de financements au national et ne sont pas accompagnées à l’international?

C’est le mythe de Sisyphe. Les entreprises doivent conquérir l’international et pour cela il y a besoin de les accompagner, ce qui n’est pas possible parce que nos institutions financières ont du mal à le faire. D’ailleurs, nos entreprises ont atteint une taille critique qui les amène à investir à l’étranger et ne plus se limiter au marché tunisien.

Il y a un véritable besoin d’appuyer et de renforcer leur présence à l’étranger. Nous voulons tirer les leçons des expériences ratées du passé et pas seulement celles en Afrique où nous avons été les premiers et nous ne le sommes plus, mais ailleurs. La présence des banques tunisiennes à l’étranger n’a pas été un grand succès, et de ce point de vue, nous n’avons pas fait grand-chose, il faut y remédier.

Pour cela, il faudrait peut-être remettre en confiance les investisseurs locaux et aussi internationaux en écrivant l’épilogue des interdits de voyages et des confiscations. D’ailleurs, ne croyez-vous pas qu’il y a conflit d’intérêt? Il y a le ministère des Domaines de l’Etat qui confisque et vous qui gérez les biens confisqués en tant que ministère de l’Economie et des Finances. Comment pouvez-vous gérer cette situation?

Depuis ma nomination, je me suis intéressé à ce dossier. Ce que j’ai constaté est qu’il y a un manque de coordination, des retards, et ce pour des raisons très simples. Sur ce dossier, il y a une multiplicité d’acteurs et d’intervenants.

Commençons d’abord par les biens à récupérer de l’étranger gérés par la Banque centrale qui abrite la commission en charge du rapatriement des biens à l’étranger. Ensuite, il y a la Commission de la confiscation, qui relève des Domaines de l’Etat. Il y a celle de Gestion au ministère des Finances. Ensuite, il y a El Karama Holding, laquelle gère quatre filiales. Il y a aussi la Commission des biens du RCD et à la tête de chaque commission, il y a un responsable. Donc il y a des décideurs multiples, ajoutées à cela les décisions de justice et les administrateurs judiciaires, etc.

Cette multiplicité d’intervenants, avec un manque de coordination, cause des retards énormes sur le plan décisionnel et a pour conséquence la désintégration de patrimoines qui peuvent être importants.

Je viens de donner un délai limite pour la cession des voitures du RCD, pour fin avril, ce sont des véhicules qui n’ont pas bougé depuis 3 ans et qui ont beaucoup perdu de leur valeur. J’estime qu’il y a besoin d’une plus grande coordination.

Le chef de cabinet du ministère de l’Economie et des Finances, qui était l’ancien responsable de la Commission de gestion des biens confisqués, est chargé aujourd’hui de superviser ce dossier et de m’aviser au fur et à mesure de l’évolution des choses.

C’est vous dire l’importance que je donne à ce dossier sur lequel nous passons beaucoup de temps. Il serait judicieux de rassembler tous ces intervenants dans une agence ou institution. Et encore, le processus ne s’est pas arrêté car la Commission de confiscation continue toujours son travail. Aujourd’hui, nous devons peut-être procéder par gouvernorat et rassembler le tout dans une même institution pour une meilleure coordination et plus d’efficacité.

Tag(s) : #corruption
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