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L'indépendance de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) est un slogan attractif, mais sa signification réelle n’est pas celle que l’on croît 
généralement, à savoir que cette indépendance serait un garde-fou contre la corruption.

En effet, l’indépendance ne garanti absolument pas que la banque centrale ne rentrera pas dans des combines et les bakchichs. La preuve c’est la collaboration médiocre, jusqu’à présent, de la BCT avec les autres autorités chargées de faire la lumière sur les détournements de fonds des Benalistes, avec les résultats médiocres que l’on sait. Et pourtant, la BCT a gagné en indépendance depuis le 14 Janvier puisque sa direction est la seule qui a résisté à la Kasbah 1 et 2. Les ministres passent, mais le gouverneur reste ! On ne peut être plus indépendant !

En réalité, le contraire est vrai. Une telle indépendance de la BCT constitue une garantie de la poursuite de l’impunité de la corruption. En effet, telle qu’elle est exigée par la direction actuelle de la banque, qui revendique ni plus ni moins un article dans la constitution, elle limiterait les prérogatives de l’Assemblée Constituante et du futur parlement qui, sans cela, auraient souverainement toute la latitude pour exiger des comptes à la BCT à tout moment et pour veiller à ce qu’elle reste au service du peuple Tunisien, et non au service d’intérêts particuliers.

L’idée d'indépendance de la banque centrale est née du modèle de la Bundesbank, la banque centrale Allemande. Cette dernière s’est souvent opposée aux pressions du gouvernement pour obtenir d’elle des crédits qu’elle juge inappropriés.

Cependant, l’opposition de la Bundesbank n’est absolument pas motivée par une volonté d’échapper au contrôle souverain du peuple Allemand, mais plutôt sur la volonté de ne pas succomber à la tentation court-termiste du gouvernement d’utiliser les crédits pour améliorer sa popularité, au détriment de l’inflation et de la crédibilité internationale du Deutsche Mark. Par conséquent, il s’agissait d’une attitude qui renforce la souveraineté et le rayonnement international du peuple Allemand, et non l’inverse.

Cette attitude de refuser de sacrifier l’avenir pour des bénéfices immédiats futiles, est une caractéristique de l’Allemagne. C’est en fait la raison de la domination de l’économie Allemande sur l’Europe. C’est aussi la caractéristique des autres puissances qui dominent aujourd’hui l’économie mondiale : le Japon et la Chine. C’est aussi la condition pour que les USA retrouvent leur place parmi ces puissances. Et ils sont actuellement en bonne voie.

La preuve que l’indépendance de la Bundesbank est relative et qu’elle n’est pas conçue par les Allemands comme une limitation de leur souveraineté vis-à-vis de cette institution, c’est qu’au moment critique de la réunification des deux Allemagnes, la Bundesbank  a été obligée d’accepter un taux de change de 1 pour 1 entre le Deustch Mark Ouest et le Deustche Mark Est, alors que sur le marché parallèle il s’échangeait à 1 pour 5.

Bien que cette décision était porteuse de grands risques d’inflation, de dette et de recul de la productivité, les Allemands ont préféré consolider équitablement leur union. Ils ont effectivement traversé quelques années d’inflation, de dette et de difficulté de productivité, mais la machine Allemande est revenue à sa puissance aujourd’hui plus que jamais.

Telle que revendiquée actuellement, l'indépendance de la BCT priverait le peuple Tunisien d'un outil indispensable de conduite de la politique économique. S’il est vrai que la lutte contre l’inflation est un objectif honorable, elle ne peut devenir un prétexte pour soustraire la BCT à la souveraineté du peuple Tunisien. C’est aux instances démocratiques, l’AC et le futur parlement, de contrôler la politique de la BCT et de la modifier si l’intérêt supérieur de la Tunisie le requiert.

L’indépendance revendiquée aujourd’hui par la direction de la BCT nous ramènerait à la période des Beys qui commandaient uniquement en apparence, sans avoir les outils pour agir sur l'économie.

L’institut d’émission de l’époque, en l’occurrence la Banque de Tunisie et d’Algérie, était l’exemple même de l’indépendance totale, puisqu’il ne se situait même pas sur le sol national, mais en Algérie, à l’époque territoire Français !

La BCT appartient à la nation Tunisienne. Elle fonctionne avec des capitaux publics Tunisiens et ne doit pas être arrachée à la souveraineté Tunisienne. Au contraire, la révolution doit être l’occasion d’un retour de cette institution au service du peuple Tunisien, après deux décennies d’ « indépendance ».

De ce fait, les comptes détaillés de la BCT doivent être accessibles aux représentants de la nation Tunisienne, c'est-à-dire actuellement l'AC et plus tard le parlement. Sa gestion et ses dirigeants doivent être agréés par ces représentants de la nation Tunisienne, directement ou indirectement par l’intermédiaire du gouvernement.

S’il y a des craintes que le gouvernement abuse des crédits, alors il faudrait que le parlement ou l’AC nomme directement les dirigeants de la BCT. Ces derniers doivent en tout état de cause rendre compte de leur gestion aux représentants de la nation Tunisienne. Il ne peut être question, sous prétexte de technicité, d’avoir des dirigeants immuables nommés dans des coulisses occultes.

Pour être à la hauteur de sa mission, l’AC doit se doter d’une commission économique et financière capable d’éclairer les différents enjeux économiques et financiers pour les élus afin qu’ils choisissent en connaissance de cause.

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Tag(s) : #articles de presse
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