C’est grâce à la communication financière qu’on peut parler d’un climat de confiance entre entreprises faisant appel public à l’épargne et la communauté financière : principalement les actionnaires, les investisseurs financiers potentiels, les analystes financiers, la presse économique et financière, les agences de notation, les syndicats, les étudiants – chercheurs et le - large public- d’une manière générale constitué par des agents économiques à capacité de financement mais peu familiarisés avec le monde de la bourse.La communication financière peut être définie comme l’action de communiquer au public toute information qualitative ou chiffrée, souvent mesurée en se référant à une base monétaire, et renseignant sur l’activité économique (passée, présente et future) de l’entreprise. Les informations financières peuvent être issues d’un système d’information réglementé (comptabilité financière, donc nous parlons de données objectives) ou bien volontaire (dans ce cas, nous parlons de données subjectives). C'est dans ce sens que plusieurs études ont montré que communiquer financièrement aide les entreprises cotées à trouver facilement un financement (augmentation de capital ou émission d’emprunt obligataire), à promouvoir leurs titres, à diversifier leurs actionnaires et d’une manière générale à améliorer leur image institutionnelle.
Plusieurs supports peuvent aider l’entreprise cotée en bourse à s’exprimer financièrement et d’une manière efficace auprès de son public, nous citons à titre indicatif :
La presse économique et financière (télévisions, radios, revues spécialisées, journaux, sites Internet…etc.);
Le site Web de l’entreprise concernée (dans une rubrique spécifique appelée : actionnaires, investisseurs, finance ou données financières…etc.);
Les sites Internet des intermédiaires en bourse; et
Tout autre moyen permettant de transmettre fidèlement les données financières.
La politique de la communication financière au sein des entreprises cotées est normalement confiée à un spécialiste en la matière appelé informateur financier ou d’une manière plus fantaisiste « investor relation ».
La problématique de la communication financière devient, à notre sens, d'un intérêt majeur pour les entreprises tunisiennes, notamment à la veille de l’ouverture de notre économie sur le marché européen présentant des potentialités de compétitivité considérables. Mais, aujourd'hui, en Tunisie, peut-on parler d’entreprises qui sachent efficacement et régulièrement s’exprimer financièrement auprès du public qui s’intéresse de loin ou de près à leur activité ?
A notre avis, pour la majorité des entreprises tunisiennes cotées en bourse, le moyen le plus utilisé pour communiquer financièrement est la publication des états financiers annuels, semestriels et parfois trimestriels (surtout pour les établissements bancaires) dans des journaux locaux. Autrement dit, les entreprises se contentent de faire le strict minimum exigé par la loi comptable (loi 96 – 112 relative au système comptable des entreprises) et boursière (entre autres la loi 94-117 portant réorganisation du marché financier et la loi 2005-96 relative au renforcement de la sécurité des relations financières). Cependant, la compréhension des données comptables que nous trouvons dans les états financiers n’est pas accessible au large public qui a besoin d’une culture financière et boursière.
D’un autre côté, les entreprises tunisiennes, qui font appel public à l’épargne, essayent de transmettre des informations financières à travers des communiqués de presse publiés dans des journaux ou dans les sites Web de la bourse des valeurs mobilières de Tunis ou de quelques intermédiaires en bourse. Ces communiqués sont souvent repris par des sites spécialisés dans l’analyse financière ou bien par la presse économique et financière. Cependant, le contenu de ces communiqués est souvent général et peu analytique.
Les entreprises tunisiennes cotées s’expriment financièrement aussi lors des assemblées générales (ordinaires ou extraordinaires), à huis clos, c'est-à-dire devant leurs actionnaires (souvent institutionnels ou appartenant à une ou deux familles). Nous notons par ailleurs, que la communication financière est souvent faite d’une manière ponctuelle en ce sens que le grand public, souvent habitué à connaître les sociétés cotées à travers leur communication commerciale (spots publicitaires (à la télévision ou à la radio), affiches…etc.), peut accéder à une communication financière d’une entreprise immédiatement avant l’augmentation de son capital.
Il faut rappeler dans ce cadre, que l’une des caractéristiques de la communication financière est la régularité. A notre avis, ce qui reflèterait la volonté des entreprises tunisiennes en matière de communication financière régulière et volontaire, serait le contenu de leur site Web. C'est ce qui nous a poussé à investiguer le fait que les entreprises tunisiennes aient ou non prévu une rubrique (sous forme de lien) pour les actionnaires et les investisseurs financiers potentiels. Cette rubrique pouvant figurer sous l'un des noms suivants: actionnaires, investisseurs, finances, corporate, informations financières…etc.
Sur ce plan, nous remarquons que sur les 50 sociétés tunisiennes cotées en bourse actuellement, 15 d’entre elles (soit 30%) ne disposent pas d’un site Web. Pour les 35 entreprises qui disposent d’un site Web, 18 entreprises seulement affichent, d’une manière explicite, un lien qui s’adresse aux actionnaires et aux investisseurs financiers (soit un pourcentage de 51,43 %). Le tableau suivant décrit le contenu desdits liens (bien entendu si dans ces liens nous trouvons des informations qui ont une connotation commerciale, nous ne les citons pas) :
| Société | ‘Appellation’ du lien | Visibilité du lien (page d’accueil)1 | Contenu | Possibilité de téléchargement des documents | « Degré » d’actualisation (états financiers) |
| TUNISIE LAIT | Présentation et chiffres | Non | Chiffre d’affaires, membres du conseil d’administration, structure du capital. | Non | Non indiqué |
| ASTREE | Informations financières | Oui | Chiffre d’affaires global et sectoriel, notation d’une agence de rating. | 1 document (format PDF)2 | 2006 |
| CARTE | Chiffres clés | Non | Rapport annuel, analyse de l’évolution du chiffre d’affaires. | 1 document (format PDF) | 2006 |
| ASSAD | Actionnaires | Oui | Etats financiers (semestriels et annuels), analyses financières (illustrées par des tableaux, graphiques), rapports annuels, prospectus et brochures, articles de presse et informations environnementales (écologiques) | Plusieurs documents (format PDF) | 2007 |
| AMEN BANQUE | Publications | Oui | Rapport annuel, états financiers (semestriels et annuels), analyses financières, articles de presse et interviews. | 1 document (format PDF) | 2006 |
| ATB | Informations financières | Oui | Chiffres clés (analyses économiques basées sur des illustrations – graphiques-), informations sur l’augmentation de capital de 2005 (avec prospectus), états financiers (semestriels et annuels), rapports du commissaire aux comptes, notations des agences de rating. Défilé des cours boursiers des différents titres. | Plusieurs documents (format PDF) | 2006 |
| BANQUE DE L' HABITAT | Bourse et rapports annuels | Oui (pour bourse) non (pour rapports annuels) | Rapports annuels, cours boursiers. | Plusieurs documents (format PDF) | 2006 |
| BIAT | Publications | Oui | Rapports annuels, lettre à l’actionnaire. | Plusieurs documents (format PDF). | 2006 |
| BNA | Informations financières | Oui | Lien avec le site de la bnacapitaux.com | - | - |
| ATTIJARI BANK | La banque | Non | Rapports annuels, membres du conseil d’administration, informations boursières générales. | 1 document (format PDF) | 2005 |
| BTE | Informations financières (lien non activé) | Oui | Cours boursiers | Non | - |
| STB | Présentation | Non | Structure du conseil d’administration, principaux actionnaires, quelques rubriques du bilan et de l’état de résultat. | Non | 2005 |
| UIB | Banque/activité de l’UIB | Non | Membres du conseil d’administration, informations boursières, rapports annuels, communiqués de presse (informations diverses). | Plusieurs documents (format PDF) | 2005 |
| TPR (Tunisie profilé aluminium) | Informations financières | Oui (mais il faut mettre le curseur sur la rubrique TPR) | Prospectus d’augmentation de capital (2007) et analyse (économique, financière et managériale) liée à l’augmentation de capital | 02 documents (format PDF) | - |
| Société Immobilière Tuniso – Saoudienne (SITS) | Conseil et Actionnaires | Oui | Structure du conseil d’administration et structure du capital. | Non | - |
| Société magasin générale | Infos3 financières | Oui | Structure du capital (informations non actualisées), évolution et répartition du chiffre d’affaires | Non | 2003 |
| ELECTROSTAR | Investissements | Oui | Mot du PDG (analyse économique et financière), états financiers, rapports du commissaire aux comptes, composition du conseil d’administration. | Plusieurs documents (format PDF et image) | 2005 |
| KARTHAGO AIRLINES | Infos financières | Oui | Lien avec le site d’information boursière tustex.com | - | - |
1 : le lien est dit visible lorsqu’il est représenté par une rubrique dont l’appellation renseigne le visiteur sur l’existence de données financières (tels que : actionnaires, investisseurs, informations financières, publications, chiffres…etc.) et que ladite rubrique se trouve dans la première page de navigation en langue française (page d’accueil).
2 : le document qu’on peut télécharger n’offre pas d’informations supplémentaires par rapport à ce qu’on peut lire sur la page d’accueil « informations financières ».
3 : le site du magasin général « www.smg.com.tn/ » est depuis quelques jours non opérationnel. Peut être il est en cours d’une reconstruction après l’opération de la privatisation de cette société.
Nous rajoutons que seulement, trois entreprises cotées qui publient des informations renseignant sur leur performance environnementale. Ces entreprises sont : Tunisie lait, Assad et Gif filter.
La conclusion que nous pouvons tirer de cette analyse, c’est que les entreprises tunisiennes cotées n’accordent pas le même degré d'importance à leur communication financière. Certes, si nous disposons d’un critère objectif nous permettant d’accorder un score qui mesure l’intensité de ladite communication financière, nous serons en mesure de dresser une hiérarchie entre lesdites entreprises. Mais, globalement, il faut dire que les entreprises tunisiennes cotées en bourse doivent faire un effort supplémentaire pour définir sérieusement une politique de communication financière régulière. Cette politique doit passer, à notre avis, par un site Web qui propose dans sa page d’accueil un lien qui renseigne d’une manière explicite sur l’existence de données susceptibles d'intéresser directement les actionnaires et les investisseurs, et indirectement tous les autres agents constituant la communauté financière.
A titre d'exemple, si nous visitons les sites Internet des entreprises françaises cotées en bourse, nous comprenons que la communication financière constitue un outil incontournable pour renforcer le lien entre l’entreprise et ses actionnaires. La société Accor, à cet effet, communique à travers son site web qu'« au-delà des traditionnelles réunions organisées à l’occasion de la publication des résultats annuels et semestriels, Accor informe au quotidien ses actionnaires institutionnels et individuels, avec la plus grande réactivité. La personnalisation des échanges, afin de répondre aux besoins spécifiques des différents types d’actionnaires et des analystes financiers, se fait toujours dans le plus grand respect des règles d’équité d’accès à l’information ».
Ceci nous fait penser aux entreprises étrangères (et en l’occurrence françaises) intéressées par la participation au capital de certaines de nos sociétés cotées en bourse, qui devraient nous apporter leur savoir faire, entre autres, en matière de communication financière.
Pour mieux comprendre la différence au niveau de l’intérêt accordé à la communication financière via les sites Web entre le contexte tunisien et français, nous prenons l’exemple d’une société tunisienne cotée (UBCI) dont la majorité du capital est détenue par une société française cotée sur le marché boursier français (BNP Paribas).
Le site Web de l’UBCI ne contient que des informations commerciales pour attirer plus de clientèle. Cependant, pour attirer les investisseurs financiers et par conséquent pour élargir la communauté de ses actionnaires, aucune information financière n’est disponible. En revanche, sur le site du groupe BNP Paribas (qui détient 50% du capital de l’UBCI), nous remarquons l’existence d’un lien (visible sur la page d’accueil) appelé : actionnaires / investisseurs. Dans cette rubrique nous pouvons trouver toutes les informations financières capables de faire connaître l’activité de la BNP Paribas. Nous citons à titre indicatif :
Un communiqué de presse qui contient un document PDF de 32 pages analysant les résultats du deuxième trimestre 2007,
Présentation et analyse via des diapositives des résultats du deuxième trimestre avec des illustrations sous forme de tableaux, de figures…etc. (un document power point converti en document PDF de 67 pages),
Présentation des états financiers du groupe (document PDF de 76 pages),
Interview avec l’administrateur directeur général du groupe (document média player),
Des documents de référence (document PDF de 125 pages) qui contient une description générale du groupe, états financiers, rapport des commissaires aux comptes, composition de l’actionnariat…etc,
Guide de l’actionnaire,
Des informations sur la gouvernance d’entreprise,
…etc.
En conclusion, L’effort consenti par les entreprises tunisiennes cotées en bourse en matière de communication financière est-il suffisant pour parler d’une bonne ambiance d’affaires ou pour attirer les investisseurs potentiels – individuels et institutionnels - (hésitants) qui ont une capacité de financement ? Ou est-il temps de penser à une mise à niveau de la communication financière de nos sociétés qui suivrait la mise à niveau de leurs procédés de travail? A notre avis, il est temps que le tunisien soit doté d’une bonne culture boursière et financière. Les citoyens des pays du golfe ont beaucoup évolué sur ce plan. Pourquoi pas nous ? Si notre pays a opté, depuis le début des années 1990, pour une économie de marché, il faut activer encore et encore le marché boursier. Les textes réglementaires élaborés par les pouvoirs publics, ne peuvent pas seuls nous permettre d’atteindre cet objectif. Les entreprises cotées en bourse sont appelées à améliorer leur communication financière pour donner la matière :
Aux analystes financiers pour qu’ils puissent garantir une allocation optimale des ressources financières des épargnants,
A la presse économique et financière pour qu’elle puisse nous aider à comprendre de plus près l’économie de notre pays et par conséquent de faciliter l’acte d’investir,
Aux étudiants chercheurs pour qu’ils puissent nous préparer des recherches appliquées et fondamentales (dans le cadre de la préparation de leurs mémoires de mastère et de doctorat) portant sur le contexte tunisien au lieu d’explorer des contextes étrangers (où la communication financière est disponible et archivée).
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