Tout ou presque est bon pour les hedge funds quand il s'agit de faire pression sur les équipes dirigeantes des groupes cotés : emprunt de titres, associations temporaires... Entreprises et autorités de régulation cherchent des parades.
Activité consubstantielle de l'économie de marché pour les uns, dérive capitaliste pour les autres, l'activisme des hedge funds suscite des débats passionnés.
L'irruption de ces fonds dans la vie des entreprises cotées provoque des remous tels que les dirigeants cherchent aujourd'hui à trouver des parades pour déjouer ces flibustiers de la finance moderne.
Selon April Klein et Emmanuel Zur, deux chercheurs de l'université de New York, cet activisme des fonds de placement s'explique en grande partie par le mode de rémunération de leurs gérants. Ces derniers perçoivent en effet un pourcentage sur le montant des encours gérés, mais aussi des commissions de surperformance, ce qui les incite à dégager du rendement financier à tout prix et de préférence à court terme.
D'autres chercheurs américains, Alon Brav de la Duke University, Wei Jiang de la Columbia Business School, Franck Partnoy de l'université de San Diego et Randall Thomas de la Vanderbilt University, ont décortiqué les pratiques de ces fonds activistes aux États-Unis au cours de la première moitié des années 2000.
Il ressort de leur étude que, contrairement aux idées reçues, près des trois quarts de ces fonds préfèrent travailler en bonne intelligence avec les équipes dirigeantes et les autres actionnaires.
Autre résultat surprenant : 67 % d'entre eux parviennent, au moins partiellement, à leurs fins, et ce en prenant des participations proches de 10 % du capital.
Voilà pour la lecture académique de cet activisme. Il reste que ces fonds ont recours à des techniques peu appréciées des dirigeants d'entreprises et des autorités de marché.
A VISAGE DECOUVERT
Ainsi, la pratique dite du " empty voting " consiste à emprunter des titres et à en acquérir les droits de vote associés juste avant un vote d'actionnaires et la tenue d'une assemblée générale pour faire pression sur les dirigeants. Elle permet aux fonds d'augmenter leur influence lors des assemblées générales sans être durablement présents au capital de la société. Henri Hu et Bernard Black, deux professeurs de l'université du Texas, ont isolé 22 cas d'" empty voting " entre 2001 et 2006 outre-Atlantique. En Europe, la technique est également utilisée, notamment par les fonds britanniques.
En Grande-Bretagne, une autre pratique a récemment retenu l'attention de la Financial Service Authority, le gendarme de la City. Certains hedge funds activistes n'hésitent pas à s'associer pour faire pression sur les équipes de direction sans qu'aucun d'entre eux ne dépasse les seuils de détention de capital exigeant une déclaration à l'entreprise ou aux autorités de marché. Cette démarche leur évite d'avoir à avancer, au moins dans un premier temps, à visage découvert.
Assimilées à des tentatives de manipulation de cours, ces méthodes restent néanmoins difficilement répréhensibles : prouver une action de concert est épineux.
RESPECTER LES REGLES DE BONNE GOUVERNANCE
Pour décourager ces pratiques, le recours à la réglementation ne semble pas convaincre les experts. Au début de l'été, les pays de l'OCDE ont écarté l'idée d'une réglementation propre aux hedge funds activistes et les fonds de capital investissement, considérés comme les actionnaires les plus actifs.
Ils ont préféré analyser leur action à la lumière des grands principes du gouvernement d'entreprises. " Les fonds activistes ne disposent en général que d'une très faible part des droits de vote, il faut donc que leur argumentaire soit solide pour rallier à leur cause les autres actionnaires. Faute de quoi leur démarche tombe à l'eau ", souligne David Thesmar, professeur à HEC.
Dès lors, pour se protéger au mieux de ces activistes, les entreprises sont invitées à respecter un certain nombre de bonnes pratiques du gouvernement d'entreprise comme, par exemple, se doter d'un conseil d'administration bien informé, communiquer au marché une stratégie à long terme viable, optimiser la structure de leur capital, ou encore définir une politique claire en matière de distribution de dividendes.
Le choix de l'abstention
La technique de l'" empty voting ", qui permet à un hedge fund d'emprunter des titres et d'utiliser les droits de vote qui leur sont associés, est vivement contestée. Ses détracteurs estiment qu'elle confère à ces fonds un outil de pression sur les dirigeants disproportionné au regard de leur poids et de leur intérêt économique.
Sensibles aux critiques exprimées tant par les groupes cotés que par les responsables politiques, les hedge funds ont élaboré un recueil de bonnes pratiques. Ce document recommande par exemple aux activistes de faire preuve de la plus grande transparence quand ils lancent une campagne. Il demande aussi aux gérants de ne pas prendre part aux votes quand ils n'ont pas un " intérêt économique " dans l'entreprise. En clair, qu'ils s'abstiennent s'ils ne se comportent pas comme des investisseurs de long terme
"source latribune"
/image%2F1013226%2F20140816%2Fob_f4e145_salouabna.jpg)