Après les récents dommages causés par les excès d’une certaine finance, la place de Genève, connue pour sa gestion conservatrice, se fait l’avocate de l’investissement responsable.
Genève a initié, il y a deux siècles, la notion de « banquier privé », personnellement responsable de sa gestion. Aujourd’hui, la Suisse gère un tiers de la fortune mondiale offshore (trois fois plus que Londres) et les bords du Lac Léman sont devenus la première place mondiale pour le financement du négoce de matières premières. C’est dire à quel point la place financière de Genève peut influer sur l’orientation des capitaux internationaux.
Guillaume Taylor, associé chez de Pury Pictet Turrettini et Cie, est cofondateur de l’association « Sustainable Finance Geneva », une nouvelle association qui veut faire de Genève le fer de lance de l’investissement durable et responsable.
Les Afriques : Vous avez récemment déclaré que l’avenir du monde dépend en partie de la manière dont les financiers vont investir en Afrique. Pourquoi faudrait-il investir différemment en Afrique qu’ailleurs ? Guillaume Taylor : Si l’Afrique n’a pas une croissance durable, basée sur des principes solides de responsabilité sociale et environnementale, le système va sauter… On ne peut plus réduire l’Afrique à un réservoir de matières premières pour le reste du monde. Il faut impérativement protéger ce continent d’une approche trop spéculative, d’une croissance qui reposerait sur des fondamentaux trop fragiles. C’est un risque réel dans le contexte actuel. Il faut, en Afrique, financer de vrais besoins. Beaucoup de pays émergents, comme l’Inde, ont bénéficié d’afflux considérables de capitaux, sans que la population en ait réellement profité. Il ne faut pas reproduire ce schéma en Afrique.
LA : Pourquoi les financiers genevois seraient-ils plus responsables que d’autres ? GT : Parce que notre place financière gère essentiellement des fortunes privées. Ces clients ont une grande capacité de décision. Ils se sentent responsables personnellement de ce qui est fait avec leur argent. Et notre rôle sera, de plus en plus, de les sensibiliser sur telles ou telles conséquences de leurs décisions d’investissement, positives ou négatives. C’est plus difficile lorsque vous gérez des capitaux institutionnels car votre interlocuteur représente généralement les intérêts de nombreuses personnes. La responsabilisation est moins évidente parce que diluée. D’autre part, les banquiers privés, qui représentent une part importante de notre place financière, n’ont pas d’actionnaires et sont, eux aussi, engagés personnellement par leurs décisions. Cette responsabilité les amène naturellement à privilégier des visions à long terme et à les conseiller à leurs clients.
"source lesafriques.com le 13.05.2008"
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