Aujourd’hui j’ai choisi pour vous un article qui revient sur la constitution d'Athènes d'Aristote et sur l'abolition de la dette par Solon.
Merci de le partager avec vos amis, je pense qu’il servira de leçon à certains tunisiens, aux membres de la constituante et aux partis politiques qui sont en panne d’idées.
******************************* « Athéniens, n’attribuez pas aux dieux les maux qui vous accablent; c’est l’œuvre de votre corruption : vous-mêmes avez mis la puissance dans la main de ceux qui vous oppriment. Vos oppresseurs se sont avancés avec habileté comme des renards, et vous, vous n’êtes que des imprudents et des lâches : vous vous laissez séduire par la vaine éloquence et par les grâces du langage. Jamais la raison ne vous guide dans les choses sérieuses. » Solon, VIe siècle avant J.C.
Suite aux évènements qui ont mené au changement de régime en Tunisie, beaucoup de questions ont-été soulevées pour définir le meilleur chemin vers une démocratie effective, c’est à dire redonnant le pouvoir au peuple de choisir son avenir, et d’exercer sa souveraineté . Ainsi, il nous a paru indispensable, avant même de définir le chemin vers ce but, de revenir aux sources de ce système tant désiré qu’est la Démocratie.
Il est convenu que la Constitution d’Athènes, telle que décrite par Aristote, fut la première de l’Histoire à instaurer un système démocratique dans la Cité. Celui-ci fut le fruit de nombreux troubles entre les nobles et la plèbe, jusqu’à ce qu’un homme fut choisi pour concilier les deux parties et instaurer la première Démocratie de l’Histoire. Cet homme, considéré comme le Père de la Démocratie, n’est autre que Solon, philosophe et homme politique, né en l’an 592 avant J.C., dans le bourg de Salamine. Voici le contexte de la naissance de la Démocratie, issue de la Constitution d’Athènes:
CHAPITRE II
Institutions sociales d’Athènes
Athènes, divisée par les dissensions des nobles et de la plèbe, traversa ensuite une longue période de troubles. La constitution d’alors était, en effet, une oligarchie absolue, où surtout les pauvres étaient les serfs des riches, eux, leurs enfants et leurs femmes. On les appelait clients (πελάται) et sixeniers (ἑκτήμοροι) : ils cultivaient en effet les champs des riches, à la condition de ne garder pour eux qu’un sixième des fruits. La terre était tout entière entre les mains d’un petit nombre d’hommes, et si les cultivateurs ne payaient pas leur redevance, ils s’exposaient à être vendus, eux et leurs enfants : car les débiteurs étaient soumis à la contrainte par corps, et il en fut ainsi jusqu’à Solon, le premier chef du parti démocratique. Sous un tel régime, le peuple souffrait surtout et s’irritait de ne pas avoir sa part de la terre, mais il avait bien d’autres sujets de mécontentement ; car, à vrai dire, il n’avait aucun droit.
Le cadre étant posé, nous pouvons déjà constater que certaines des situations qui prévalaient à l’époque le sont toujours aujourd’hui, près de 2600 ans après. Mais le passage qui nous intéresse au plus haut point est celui qui décrit les premières mesures décidées par Solon, que voici:
CHAPITRE V
III. – ÉPOQUE DE SOLON
Commencement de la démocratie. – Solon est choisi comme conciliateur.
Un pareil régime et l’asservissement de la multitude au petit nombre soulevèrent le peuple contre les nobles. La lutte fut acharnée et les deux partis étaient depuis longtemps debout l’un contre l’autre, quand ils s’entendirent pour prendre Solon comme conciliateur et l’élire archonte.
594 a. C. n.
Ils s’en remettent à lui du soin de réformer la constitution, se souvenant de cette élégie qu’il avait faite et dont voici le début : Je sais tout le mal et je souffre au fond de mon cœur, quand je vois l’aînée des terres d’Ionie…
Dans la suite, il attaque à tour de rôle les uns et les autres, et leur donne tort et raison pour les pousser enfin à mettre, d’un commun accord, un terme aux dissensions qui se sont élevées entre eux.
Solon, par sa naissance et par sa réputation, comptait parmi les premiers des citoyens ; par sa fortune et sa situation, il faisait partie de la classe moyenne. On le sait d’ailleurs et lui-même le proclame dans ces vers, où il exhorte les riches à la modération : Sachez calmer en vos cœurs la violence de vos sentiments, vous qui en êtes venus au dégoût de vos biens trop abondants. Sachez maintenir votre grande âme dans la modération, car pour nous, nous ne vous céderons pas, et tout n’ira pas droit pour vous.
C’est ainsi qu’il rejette toujours sur les riches toute, la responsabilité des dissensions. Aussi dit-il au commencement de son élégie, qu’il redoute l’avarice et l’orgueil d’où est née la haine.
SOLON (SUITE)
Réformes sociales. – Abolition des dettes.
Devenu maître du pouvoir, Solon affranchit le peuple, en défendant que dans le présent et à l’avenir la personne du débiteur servît de gage. Il donna des lois et abolit toutes les dettes, tant privées que publiques. C’est la réforme qu’on appelle la délivrance du fardeau (seis‹xyeia), par allusion à la charge qu’ils avaient comme rejetée de leurs épaules.
On a essayé d’attaquer Solon à ce sujet. Au moment en effet où il projetait l’abolition des dettes, il lui arriva d’en parler à l’avance à quelques-uns des nobles, et ses amis, selon la version des démocrates, firent, à l’encontre de ses projets, une manœuvre, dont il aurait aussi profité, ajoutent ceux qui le veulent calomnier. Ils s’entendirent pour emprunter de l’argent et acheter beaucoup de terre, et l’abolition des dettes survenant presque aussitôt, ils firent fortune. Ce fut, dit-on, l’origine de ces fortunes que dans la suite on fit remonter à une si haute antiquité. Mais la version des démocrates est plus plausible ; l’autre n’a pas la vraisemblance pour elle : comment un homme, qui fut si modéré et si attaché aux intérêts publics que, pouvant tourner les lois à son profit et établir sa tyrannie dans la ville, il s’attira plutôt la haine de l’un et de l’autre parti, mettant l’honneur et le salut de la cité au-dessus de ses propres intérêts, se serait-il sali à d’aussi petites et aussi indignes opérations ? Et ce n’est pas le pouvoir qui lui manqua et c’est bien lui qui porta remède au mauvais état des affaires : lui-même l’a rappelé souvent dans ses vers et tous les auteurs sont d’accord sur ce point. Il faut donc regarder comme mensongère une telle accusation.
C’est là le point primordial où nous voulions arriver. Solon, le Père de la Démocratie, lorsqu’il voulut mettre en place ce système pour son peuple, son premier geste fut de lui rendre la liberté en le libérant du fardeau de la dette, dite « réforme de la délivrance du fardeau ». indiquant que c’était pour lui la première des reformes à instaurer, avant même de discuter des institutions à mettre en place. La force de l’Histoire, qu’il nous faut sans cesse raviver, nous renforce dans notre combat pour abolir la dette odieuse qui pèse sur le peuple de Tunisie qui souhaite accéder à la démocratie. Comme nous ne cessons de le rappeler, il ne faut plus parler de la dette en terme de richesse produite par le pays (comparaison par rapport au PIB), mais en tant que poids financier que doit porter le peuple sur ses épaules (voir notre intervention).
Plus proche de nous, Jean Ziegler, qui fut rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’hommes à l’ONU entre 2000 et 2008, écrit dans son excellent livre « L’Empire de la Honte », dès la première page consacrée à la question de la dette:
« Les peuples des pays pauvres se tuent au travail pour financer le développement des pays riches. Le Sud finance le Nord, et notamment les classes dominantes des pays du Nord. Le plus puissant des moyens de domination du Nord sur le Sud est aujourd’hui le service de la dette.
Les flux de capitaux Sud-Nord sont excédentaires par rapport aux flux Nord-Sud. Les pays pauvres versent annuellement aux classes dirigeantes des pays riches beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent d’elles, sous forme d’investissements, de crédits de coopération, d’aide humanitaire ou d’aide dite au développement.
En 2006, l’aide publique au développement fournie par les pays industriels du Nord aux 122 pays du tiers-monde s’est élevée à 58 milliards de dollars. Durant la même année, ces derniers ont transféré aux cosmocrates des banques du Nord 501 milliards de dollars au titre du service de la dette. Celle-ci est l’expression même de la violence structurelle qui habite l’actuel ordre du monde.
Point n’est besoin de mitrailleuse, de napalm, de blindés pour asservir et soumettre les peuples. La dette, aujourd’hui, fait l’affaire. »
Et il ne croyait pas si bien dire. Nous avons déjà démontré dans un article que sous Ben Ali, entre 1987 et 2009, la Tunisie finançait le Nord à hauteur de 6,6 milliards de DNT. Ainsi, la dette au même titre que la faim, selon Ziegler, est une « arme de destruction massive » contre les peuples du Sud.
Qui sera notre Solon ?
source : http://zelzel.net
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