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Préambule :
Le hara-kiri, littéralement «coupure au ventre», est une forme rituelle de suicide masculin par éventration apparue au Japon vers le XIIe siècle dans la classe des Samouraïs. Traditionnellement, le Hara-kiri, dit aussi le seppuku, était réalisé dans un temple en s'ouvrant l'abdomen à l'aide d'un Wakizashi (sabre court), ce qui libèrerait l'âme. Le seppuku comporte une version encore plus douloureuse, le jumonji-giri, qui consiste à rajouter une coupe verticale (de haut en bas) à la coupe horizontale pour marquer sa volonté d'expiation. Le seppuku était traditionnellement utilisé en dernier recours, lorsqu'un guerrier estimait un ordre de son maître immoral et refusait de l'exécuter. C'était aussi une façon de se repentir d'un péché impardonnable, commis volontairement ou par accident.

Les faits :

2500 MDT ont été donnés en crédits divers, par tout le système bancaire tunisien, aux plus de 180 entreprises des familles Ben Ali, Trabelsi et El Materi. C’est, bien sûr, le secteur bancaire public, qui a donné le plus, même si cela c’était toujours fait sur présentation des garanties nécessaires. Ce faisant, les banquiers obéissaient aux instructions présidentielles et participaient, sans le savoir, à un «poker-menteur» qui leur reflétait des projets bancables et des gains honnêtes. Les banques ne sont-elles pas faites pour louer de l’argent !
Les trois familles, ne croyaient jamais risquer un jour de partir, tant et si bien qu’elles ne rechignaient jamais à donner ces garanties. Cela se faisait tellement «à la loyale », que les banquiers n’avaient aucun scrupule à parler d’un «risque zéro».

La Révolution étant, s’en est allé le temps des bons comptes et vint le temps des décomptes. La première à en faire les frais, a été la STB (Société Tunisienne de Banque) qui est passée, en 2010, à côté du déficit, mais qui ne semble pas devoir en réchapper en 2011 (Voir notre article sur la STB). La seconde, pourrait être la BH (Banque de l’Habitat) dont les crédits accrochés sont de 550,3 MDT. le PDG évoque un «risque final zéro». Le montant global des crédits accroché était en 2010, de 550,3 MDT, en augmentation de 62 % pour la seule année 2010 revenant aux créances contentieuses (+30,2 MDT) et avec 364 MDT (des 500,2 MDT) déjà en classés 4. Et si la BH s’en tire en 2010 avec un RN bénéficiaire de 30,2 MDT, elle n’a rien encore provisionné des 54 MDT qu’elle doit au Fisc. Ajoutez à tout cela, cette remarque du commissaire aux comptes, que «l’évaluation des risques sur les engagements de certains organismes et entreprises publiques présentant des indices de difficultés financières, s’avèrent liés aux discussions à engager et aux plans et programmes de restructuration des ces entreprises». La BH a aussi prêté 231,5 MDT aux familles BA&T. Seuls 30,9 MDT sont couverts par des provisions et 69,5 MDT ont été déjà classés et devenus difficilement récupérables.

On attend encore les résultats de la  BNA (Banque Nationale Agricole) pour l’exercice 2010 et on pourrait aisément prédire que, même si ses perspectives et son potentiel restent toujours prometteurs, la banque ne devrait pas passer trop loin de l’état dans lequel se sont trouvées la BH et la STB.

Les alternatives :

Si les banques du secteur privé s’en sont vraisemblablement tirées au moindre coût, le cas des banques publiques est un peu plus compliquée. Les trois banques publiques tunisiennes, sont les bras financiers de l’Etat pour le financement de l’économie et pour l’intervention sur la croissance. La STB pour les PME industrielles et touristiques, la BNA pour l’agriculture et la BH pour la construction, le bâtiment et l’immobilier.

A elles seules les trois, il faut comptabiliser plus du tiers au moins du total des crédits accordés aux 180 ou plus des entreprises des familles de l’ancien président tunisien. Toutes ces entreprises, sont actuellement confiées à des administrateurs judiciaires. Tous ne sont pas bons gestionnaires et toutes ces entreprises ne sont pas faciles à gérer, tant les interconnexions managériales et financières entre elles sont complexes et difficiles à délier et tant les liens financiers entre elles et leurs propriétaires dont les comptes sont gelés, sont inextricables.

Après la Révolution, ce qui était une bonne affaire et un projet bancable, ne l’est plus. Après la Révolution, ceux qui faisaient des affaires, de bon ou de mauvais grès, avec elles ne le font plus. Après la Révolution, tout ceux qui leur donnaient, sur instruction, par allégeance ou par simple  profit, ne le font plus. De ces faits, les entreprises des familles de l’ancien président deviennent pestiférées, des faillites en sursis et des mauvais risques pour les banques. Des risques financiers pour tout le secteur bancaire et politique aussi pour le bancaire public.
Leur accorder plus d’argent pour les sauver, en consolidant leurs dettes et en leur accordant les fonds de gestion et de financement nécessaires, est désormais risque financier pur, risque judiciaire possible et risque politique probable avec un gouvernement transitoire qui ne décide rien et ne couvre aucune décision qui pourrait faire l’objet de questionnement futur.

Ne plus leur accorder d’argent, c’est les mener directement à la faillite, et tout au moins à ne plus devenir des entreprises rentables dont la revente, en tant que garanties bancaires anciennement opposables, deviendra difficile même  si l’on oublie qu’elles ont été toutes confisquées par l’Etat tunisien. Ce sont maintenant, à quelques exceptions près, des couteaux à double tranchant et dont le manche est lui-même devenu en acier brûlant. 

La conclusion :

Faute de seppuku pour refus d’obtempérer à une instruction ou pour refus de crédit, sans le vouloir et en l’absence d’un gouvernement capable de prendre une décision et de l’assumer, les banques tunisiennes se font actuellement, presque toutes, hara-kiri dans le temple des finances.

La légende japonaise dit que cela sert à expier une faute. Le réel tunisien dit que seuls les petits épargnants feront acte, forcé, d’expiation. A ceux là, s’ajouteront certainement les dizaines, sinon les centaines, d’entreprises prestataires et fournisseurs de services à ces entreprises désormais lépreuses. La Commission de confiscation a certes invités ces prestataires de services à déclarer leurs dettes et qu’elles leurs seront rendues. Le temps court cependant pour elles. Les compteurs des taux de crédits, des pénalités de retard et autres commission aussi. En fin de course, des milliers d’emplois perdus et des dizaines d’investisseurs sur la paille.

SOURCE : Africanmanager.com

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Tag(s) : #articles de presse
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