Mahfoud Barouni, président du conseil d'administration de la banque Zitouna
M.Mahfoud Barouni, président du Conseil d’administration de la banque Zitouna, rencontré par Maghreb Emergent récemment à Tunis, s’en est tenu à une stricte réserve sur la situation de la banque islamique. Il a par contre souhaité une accélération de la mise en place d’une législation pour la finance islamique. Il estime également que le paysage bancaire tunisien est trop morcelé et qu’il faut mener des fusions pour créer des méga-banques.
Au 4ème Forum africain de la finance islamique (FAFI) organisé le 13-14 avril dernier à Tunis l’ombre de Sakher El Materi, ex-patron de la Banque Zitouna a plané. Les défenseurs de ce type de financement tenaient à rappeler que la finance islamique n’a pas commencé en Tunisie avec le gendre de l’ex-président Ben Ali mais avec la banque off-shore, la Best Bank, aujourd’hui Al-Baraka. Il reste que la finance islamique reste associée à la naissance de la Banque Zitouna qui est aujourd’hui détenue à 86% par l’Etat qui « hérite » des parts de Sakher El Materi. Le sort de cette banque mise sous tutelle de la Banque Centrale tunisienne n’est pas encore tranché, mais une cession à des investisseurs parait une des options les plus évoquées. Rencontré lors du forum, le président du Conseil d’administration de la Banque Zitouna Mahfoud Barouni, a refusé de parler de la situation de la banque et de son avenir au motif que seul le représentant légal désigné par la Banque centrale tunisienne était habilité légalement à le faire. Il a souligné néanmoins que la Banque Zitouna a obtenu d’excellents résultats et que ses activités ont reçu un accueil très favorable au sein du public qui y trouve des produits qui correspondent à ses besoins. Dotée d’un bon encadrement dont certains parmi des expatriés spécialisés dans ce mode de financement, Banque Zitouna a pu créer 28 agences en huit et comptait en créer quatre autres avant la fin de l’année. Mahfoud Barouni indique que les dépôts ont été très importants et que le succès de la Banque était un atout qui devrait inciter les investisseurs à acheter les parts de l’Etat dans le cas où ils seraient mis en vente.
Aligner la finance islamique sur la finance classique
Sur la finance islamique et la finance en général, Mahfoud Barouni a été plus prolixe. Il a souhaité que le gouvernement de transition accélère la mise en place d’une législation qui permette à la finance islamique de travailler dans les mêmes conditions que la finance classique. Il a rappelé que le gouvernement tunisien, avant la révolution, avait déjà examiné un projet de loi sur la finance islamique et qu’il l’a adopté. Pour lui, que le gouvernement légifère par ordonnance ou qu’il attende l’élection d’un parlement, ce texte de loi est de nature à ouvrir le champ à une participation plus grande de la finance islamique au développement de l’économie. Barouni considère que l’obstacle principal à la compétitivité des banques islamiques réside dans la double taxation qu’elles subissent lors de l’achat et vente d’actifs. Il suffit, a-t-il expliqué, de petits amendements pour que les banques islamiques soit déchargées des taxes d’enregistrement. Les produits offerts par les banques islamiques (Mourabaha, Moucharaka, Istisn’a…) ont besoin d’être mieux connues.
Mettre fin au morcellement bancaire
Sur un plan plus général, Barouni considère par ailleurs qu’il existe un morcellement excessif des institutions financières en Tunisie et les institutions internationales ont commencé à appeler à des fusions pour créer de grandes banques. Il existe actuellement 28 banques en Tunisie dont 8 en offshore. Le président du conseil d’administration de la Banque Zitouni ne considère pas que les quelques fusions réalisées soient des exemples réussis. Il estime qu’il faut aller vers des fusions permettant la création de méga-banques. On peut arriver, a-t-il estimé, à deux grandes banques islamiques et à huit ou neuf banques classiques. Il souligne que la difficulté pour le gouvernement porte sur la manière d’assainir les portefeuilles des banques et de réduire le niveau des dettes de 15% à 7% avec un taux de couverture de près de 90/ au lieu des 70% actuels.
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