Il ne se passe presque plus une semaine sans que le Jort (Journal Officiel de la République Tunisienne) n’apporte son lot de ventes judiciaires où les banques tunisiennes sont la partie saisissante. Il semble ainsi que les efforts de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) auprès du ministère de la Justice et la création d’un guichet spécial banque pour délivrer les copies de jugements aient commencé à porter leurs fruits en matière d’exécution des jugements de justice et donc de recouvrement de crédits par les banques tunisiennes.
On ne sait pas avec exactitude le nombre de jugements qu’elle a pu exécuter au cours de cette année, mais la BNA (Banque Nationale Agricole) est l’une des institutions de crédit dont le nom en tant que saisissante s’est le plus répété sur les pages du Jort. Cette banque publique déploie, en effet, depuis un bon moment, un effort soutenu de recouvrement de ses créances, non seulement agricoles, mais aussi commerciales. Ce n’est pas pour rien que le taux de recouvrement chez cette banque, bras financier de l’Etat tunisien pour développer le secteur agricole, a grimpé à 68,6 % et devrait terminer l’exercice 2010 à plus de 70 %, et même les 80 %, si l’on exclut les crédits octroyés sur des lignes budgétaires de l’Etat.
Aux dernières nouvelles, les créances à recouvrer chez la BNA sont d’un montant de l’ordre de 3 milliards DT. L’agricole n’y représente que 687 MD, et les crédits sur lignes budgétaires y représenteraient entre 5 et 7 % du montant total. Cela fausse d’ailleurs les comptes d’exploitation de la banque, d’autant plus qu’elle n’a aucune marge de manœuvre sur des crédits dont nombre datent d’avant l’indépendance de la Tunisie et d’autres des années 70.
Entre-temps, la banque que dirige Moncef Dakhli fait de grands efforts pour faire rentrer l’argent de chez les mauvais payeurs. Pour cela deux moyens. D’abord les équipes de recouvrement au sein même du siège de la banque. A plus de 100 mille DT, ce sont les équipes du siège qui s’en chargent, se déplacent, vont même jusqu’à faire des estimations des rentrées d’argent pour les entreprises endettées et déterminer avec elles les prévisions de recouvrement. Entre 40 et 100 mille DT, c’est les directions régionales de la banque qui s’en occupent. Tout est fait pour recouvrer l’argent et les résultats sont là. Alors qu’il n’était que de 61,7 %, le taux global de recouvrement de la BNA passe à 68,8 % en 2009 et devrait terminer l’année 2010 en cours à 70 % sinon plus, selon la direction de la banque.
Le recouvrement des créances agricoles, qui n’était que de 14,8 % en 2008, passait à 19,3 % l’année dernière. La croissance est là, même si cela dépend aussi de la conjoncture agricole nationale. Il est ainsi tombé à 18 % pour 2010, et cela s’explique par une conjoncture agricole où les régions céréalières de référence, comme Siliana, le Kef, Jendouba ou Béja Sud, ont été déclarées zones agricoles sinistrées. Le recouvrement des créances commerciales chez la BNA passait, quant à lui, de 96 % en 2008, à 97 % l’année dernière, et un point n’est pas rien, et il devrait se stabiliser à ce taux de 97 % cette année.
Second moyen, certes pas toujours le plus heureux pour recouvrer les créances classées, le recours au contentieux. La BNA, comme le reste du secteur bancaire, n’y va pas de gaieté de cœur, mais s’y résout quand les circonstances l’exigent. Faute de recouvrement, les dossiers passés en contentieux chez la BNA sont passés de 4,6 % du montant total en 2008, à 5,02 % l’année suivante et devrait arriver à 7 % cette année. En 2009, il représentait 29 MDT et atteint déjà les 32 MDT pour les seuls 9 mois de cette année. C’est dire que la banque ne lésine plus sur les moyens et fixe même des objectifs de recouvrement à son personnel chargé de la question qui se voit même questionné s’il tarde à passer en contentieux un dossier pour lequel les moyens de recours habituels pour le recouvrement ont été épuisés. On a toujours parlé des dettes agricoles, mais la BNA ne se garde pas, là aussi, d’user des moyens juridiques pour récupérer l’argent de ses actionnaires et de l’Etat. Le recouvrement par contentieux agricole est ainsi passé de 10,6 MDT en 2006, à 12,1 MDT l’année dernière et devrait atteindre les 12,3 MDT cette année. Pour le commercial, il passe de 8 à 20 MDT entre 2009 et 2010.
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Jeudi 18 Novembre 2010
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