Ce nouveau projet de loi prévoit des peines de prison allant de un à cinq ans pour quiconque menace les intérêts économiques de la Tunisie.
L'opposition politique tunisienne conteste ouvertement un nouveau projet de loi destiné à protéger la sécurité économique du pays.
Le nouveau projet de loi qui sera présenté par le gouvernement prévoit des sanctions contre "tout Tunisien qui envisage des contacts avec des entités étrangères dans le but de porter atteinte aux intérêts vitaux de la Tunisie", notamment en matière économique. Les personnes reconnues coupables de tels actes pourront être condamnées de un à cinq ans de prison.
Les opposants à cette initiative craignent que cette nouvelle législation ne devienne un outil permettant au gouvernement de réprimer la liberté d'expression, tandis que ses partisans expliquent qu'elle est nécessaire pour protéger l'économie du pays.
Les détracteurs ont appelé l'Union européenne à faire pression sur le gouvernement tunisien pour lever les restrictions aux libertés en échange d'une coopération économique plus intense.
"L'ambiguité de ce nouveau projet de loi et le caractère très général de son phrasé représentent un danger pour les libertés publiques", selon un communiqué publié le 25 mai par la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme (LTDH).
La LTDH a fait part de ses préoccupations "sur ce que ce projet de loi représente en termes de violation de la liberté d'opinion et d'expression qui sont garanties par la constitution tunisienne et les traités internationaux ratifiés par l'Etat tunisien".
Selon Taieb Ben Mlouka, un étudiant, "sur un tel sujet, nous devons bien faire la distinction entre le régime et l'Etat ; critiquer la politique économique des autorités ne signifie pas que je sois un ennemi de la Tunisie."
Adel Chaouch, membre du Mouvement Attajdid, a expliqué à Magharebia craindre que ce projet de loi ne constitue une réaction trop hâtive du gouvernement à son échec à obtenir le "statut avancé" avec l'UE.
"Je ne crois pas que la défense des intérêts du pays puisse se faire ainsi", a-t-il déclaré. "Je crains que la situation ne devienne plus complexe et ne serve en rien les intérêts du pays."
Chaouch exprime son désaccord avec ce qu'il appelle les "vues troubles" des opposants à ce projet de loi.
"Mais ils ont le droit d'exprimer librement leur opinion", a-t-il déclaré. "Néanmoins, je rejette l'appel à boycotter l'économie tunisienne, notamment le tourisme tunisien."
Bouthaina el-Majri, propriétaire d'un entreprise de marketing touristique, se dit particulièrement perplexe quant à ce projet de loi.
"Les crises et la féroce concurrence internationale que nous connaissons actuellement ne sont-elles pas suffisantes ? Avons-nous également besoin de campagnes contre les produits touristiques que nous lançons à l'étranger de la part de citoyens de ce pays qui ont des différends avec ce régime ?"
Les ministres ont approuvé la présentation de ce projet de loi devant la Conseil des députés le 19 mai, et souligné "l'importance de la sécurité économique pour le renforcement de l'immunité de la nation et la garantie des intérêts vitaux des citoyens".
Le secrétaire général du Parti social libéral et membre de la Chambre des conseillers Mondher Thabet a pour sa part défendu ce projet de loi, critiquant l'opposition pour "en avoir fait un instrument de pression" qui "jette un doute sur les intérêts du pays".
"Cela ne peut être accepté d'aucun manière et selon aucun argument", a-t-il déclaré. "Si le Parti social libéral adopte l'esprit de cette loi, nous soulignons également la nécessité de fonder la démocratie, de renouveler la concorde nationale et d'élaborer un agenda national de réforme politique."
source : magharebia.com
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