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Elle aura quand même réussi à être assez houleuse, la dernière réunion non ordinaire de l’assemblée générale de la Sotrapil. Pour sa première sortie en public, le nouveau Pdg Ahmed Souibgui, en aura vu de toutes les couleurs. Il a même été obligé de jouer le modérateur des ardeurs des petits actionnaires déchaînés en face d’une table officielle qui s’était murée dans le silence, alors qu’une partie du flottant demandait des comptes. Ces comptes, les petits actionnaires qui n’avaient aucun représentant au conseil d’administration, les avaient clairement demandés de l’ancienne direction de l’entreprise. Demandes de comptes, demande de dommages et demandes d’information.Dès la fin de présentation de l’objet de la réunion qui était celui d’une régularisation d’une situation, fiscale surtout de l’entreprise, le premier intervenant commence par se demander pourquoi l’ancienne direction n’avait pas donné sa démission dès l’échec du projet du Pipe Skhira-Sahel. Un autre se demandait «qui est responsable de cette partie de jeu avec les … actionnaires », demandant qu’on exige des comptes à ces responsables. Un autre petit actionnaire de cette entreprise qui court depuis plus de 5 ans derrière le grand projet qui doublera ses bénéfices et permettrait enfin de distribuer des bénéfices, revendique «un dédommagement pour les fausses informations qui nous avaient été données à propos de ce projet, par les anciens responsables de l’entreprise». Un des intermédiaires financiers présents à cette réunion, a rappelé l’article 36 de la loi réglementant le travail du CMF et qui dicte aux entreprises cotées l’obligation de la diffusion de l’information. Il s’est en même temps demandé comment on peut aussi facilement passer d’une profusion d’information (du temps des communiqués de l’ancien Pdg), à une absence totale de communication. Il faut rappeler à ce propos, que la dernière AGE de la Sotrapil date de juin 2008 où tous les actionnaires attendaient le résultat de l’appel d’offres pour le projet Skhira-Sahel. Un mois plus tard, le gouvernement, qui est mis au courant mais qui n’en a dit mot, prend la décision d’abandonner le projet et ce n’est qu’en décembre que les actionnaires (Ah oui, les petits) l’apprennent enfin. Ces cachoteries feront dire à un de ces petits actionnaires que, «vous devriez faire une OPR et délivrer la bourse de cette entreprise, puisque vous avez des choses internes que nous ignorons » et il sera fortement applaudi. Une entreprise et un service publics, et la décision du gouvernement.Face à toute cette colère des petits épargnants que le Pdg affrontait, seul parmi le reste des membres du conseil d’administration, Ahmed Souibgui donnait sans le vouloir, l’impression de vouloir en finir au plus vite, même s’il s’arrête presque avec tous les actionnaires qui l’interpellaient. Il est vrai que l’objet de la réunion était autre, presque froidement administratif. Il est cependant tout aussi vrai que, gonflés à bloc d’être traités en actionnaires de seconde zone, non informés du tout et lorsqu’ils le sont c’est en dernier, déçus à bloc de ne trouver aucun dividende et ne comprenant rien à des décisions qu’on leur fait prendre (à la majorité et sans qu’aucun ne lève le doigt) pour les leur faire annuler et ensuite les reprendre, les actionnaires de la Sotrapil avaient fait de la réunion du 19 décembre 2008, celle du cri de leur colère. Souibgui dira même comprendre «la déception et l’amertume» des actionnaires ». Il ne cessera cependant de répéter qu’il ne peut donner aucune information sur le nouveau projet de la Sotrapil. Après avoir longuement disserté sur le caractère public de l’entreprise et le service public qu’elle offre pour faire comprendre que la décision de l’arrêt du projet Skhira reste du seul ressort du gouvernement, Souibgui s’emploiera à convaincre les actionnaires du bien-fondé de la décision gouvernementale. «Je ne peut vous donner aucune information».Pour la petite histoire, le gouvernement tunisien a décidé d’abandonner le projet de construction d’un pipeline Skhira-Sahel et de le remplacer par le rachat d’un ancien pipeline sino-tuniso-koweitien. Il ne lui restait que de faire entériner la décision par le flottant en bourse et son assemblée générale qui devra annuler les décisions qui servaient à son financement. C’était le but de la réunion. La nouvelle direction refusera cependant, pendant toute la réunion et même dans les coulisses, de dire quoi que ce soit, sur le coût du nouveau projet. «Je ne peux rien vous dire quant à la rentabilité » du nouveau projet. «Je ne peux rien vous dire sur le volume de l’investissement nécessaire à ce nouveau projet», répète le Pdg. Et ce dernier de s’exclamer pour couper court aux demandes incessantes des actionnaires sur le volume et la rentabilité du nouveau projet, que «je ne suis pas prêt à donner des informations dont je ne suis pas sûr encore».Ce sont-là les faits. Une direction avait longtemps berné les actionnaires pour un projet qui ne s’est finalement pas réalisé. Pendant plus de cinq années, les petits actionnaires n’ont vu ni les dividendes de ce projet, ni ceux de l’activité normale de la Sotrapil. Les actionnaires ont participé à l’augmentation du capital, pour un projet qui est resté lettre morte. Une nouvelle direction les entraîne actuellement vers un nouveau projet. Elle n’en dit cependant rien. Il est pourtant intéressant de noter, qu’il n’y a que le flottant des petits actionnaires qui n’en sait rien. Le reste, les actionnaires membres du conseil d’administration, savent tout, étaient au courant avant décembre et en savent maintenant, plus que le flottant, sur le nouveau projet. |
Tunisie : Les actionnaires de la Sotrapil demandent des comptes aux anciens dirigeants.
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