Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

2ème partie de l'article "L'AFRIQUE MUSELEE"

*****************

Aide et remises de dette pour amadouer
Aux côtés de l’Union européenne et des États-Unis, d’autres pays industrialisés ont cherché à prendre pied en Afrique ; les plus importants d’entre eux sont le Japon et la Chine. Pour cela, ils utilisent tantôt l’aide au développement, tantôt les remises de dettes. Par exemple, en novembre 2004, le Japon a accepté d’annuler la dette du Sénégal à son encontre, estimée à 47 milliards de FCFA (près de 72 millions d’euros) |12|. Dans le même temps, il a accordé deux subventions d’un montant total de 5,7 milliards de FCFA (8,7 millions d’euros) qui devraient permettre de financer la construction d’un centre de pêche à Lompoul et l’approvisionnement en eau du milieu rural. Les médias se font régulièrement l’écho de la signature de tels accords, sous-entendant que les pays riches sont réellement généreux. Mais leur intérêt n’est jamais loin. Dans ce cas précis, il est de notoriété publique que le Japon a signé des accords de pêche avec le Sénégal dont les eaux sont très poissonneuses. Les bateaux-usines japonais viennent donc rafler les ressources halieutiques sénégalaises, obligeant les pêcheurs de Mbour et d’ailleurs à aller de plus en plus loin au large et à se contenter de prises de plus en plus modestes… Autre exemple, la Chine semble prête à financer la réfection de centaines de kilomètres de voies ferrées au Gabon et en Angola : bien sûr, les passagers attendront sans doute pour voyager, la priorité est aux matières premières, notamment le fer des gisements gabonais de Belinga et les richesses minières de République démocratique du Congo |13|.

Autre décision fort médiatisée, en décembre 2003 |14|, lors d’un sommet en Ethiopie, le Premier ministre chinois a annoncé que son pays annulait la dette de 31 pays africains, estimée à 1,3 milliard de dollars. Mais dans quel but ? Derrière cette annonce, et alors que les termes de cette annulation n’ont pas été rendus publics, il faut savoir que l’économie chinoise est en pleine expansion et qu’elle a un besoin impérieux de matières premières pour son industrie. Un tel accord va avant tout permettre de développer encore les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique, qui sont en forte augmentation (12 milliards de dollars en 2000, contre 9,4 en 1999). La Chine s’assure donc ainsi des fournisseurs de matières premières fort dévoués, tandis que les pays africains peuvent espérer libérer quelques ressources qu’ils vont s’empresser d’aller dépenser en achetant des marchandises chinoises |15|…

Certes, les puissances étrangères ont orchestré la domination, mais il fallait des relais locaux pour la gérer discrètement. Les capitalistes africains s’y sont pliés de bonne grâce, engrangeant leur part de profit sonnant et trébuchant. Il fallait donc aller plus loin en empêchant les pays qui pourraient avoir des velléités émancipatrices de les mettre en pratique. Le rôle des dirigeants de certains pays clés allait devenir central.

Les garde-chiourmes du NEPAD
En juillet 2001, un plan baptisé « Nouvelle initiative africaine » (NIA) fut adopté par le Sommet des chefs d’État de l’Union Africaine (UA) à Lusaka (Zambie), puis accueilli favorablement lors du sommet du G8 à Gènes (Italie). Apparemment d’inspiration africaine, la NIA résultait de la fusion du Programme africain pour le millénaire (MAP) impulsé par les présidents Thabo Mbeki d’Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigeria et Abdelaziz Bouteflika d’Algérie - auxquels s’est joint ensuite Hosni Moubarak d’Egypte -, et du plan Omega avancé par le président sénégalais Abdoulaye Wade. En octobre 2001, la NIA fut renommée Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Il allait sauver l’Afrique qui enfin se prenait en main, nous disait-on. Ses promoteurs étaient invités auprès des grands de ce monde et applaudis.

Mais le NEPAD, qui s’inscrit dans la démarche néolibérale, ne comporte pas la moindre interrogation sur la voie à choisir pour permettre à l’Afrique de se développer, il adopte d’emblée le modèle économique dominant. Quel développement veulent les populations africaines ? Comment faire valoir au mieux les atouts de l’Afrique ? Ces questions ne sont pas posées. Au contraire, la logique retenue est de rattraper les pays développés en cherchant à les imiter. Un document |16| pédagogique réalisé par la République du Sénégal, qui occupe la vice-présidence du Comité des chefs d’État et de gouvernement chargé de la mise en œuvre du NEPAD, précise son objet : « Le NEPAD a pour ultime objectif de combler le retard qui sépare l’Afrique des pays développés. Cette notion de fossé à remplir est le cœur même du NEPAD. » Par conséquent, le NEPAD n’ouvre pas une nouvelle voie, il comble un fossé… Et comment va-t-il s’y prendre ? La stratégie est d’ouvrir l’Afrique au libéralisme, aux investisseurs privés et aux multinationales : « Pour la première fois, dans son histoire, l’Afrique, à travers le NEPAD, a décidé de faire un appel au secteur privé qu’il considère comme devant être au cœur de la croissance. [...] Dans cette direction, le NEPAD encourage le développement d’un secteur privé africain qui peut être soit autonome, soit associé au secteur privé étranger en "joint-ventures". » On croit rêver quand on lit que la joint-venture, à savoir des entreprises gérées conjointement par des sociétés privées africaines et étrangères, semble la solution miracle. Attirer des capitaux étrangers privés devient le but suprême, les autorités sénégalaises ont même avancé le chiffre de 64 milliards de dollars par an, notamment pour les projets d’infrastructure suivants |17| :
projets routiers (autoroutes à six voies, dites Trans-côtière entre Lagos au Nigeria et Tripoli en Libye, ou Trans-sahélienne est-ouest entre Dakar au Sénégal et N’Djamena au Tchad) pour 19 milliards de dollars ;
projets portuaires (aménagement des ports de Tanger au Maroc, Conakry en Guinée, San Pedro en Côte d’Ivoire, Luderitz en Namibie, Mombasa au Kenya) pour 550 millions de dollars ;
projets ferroviaires (rail ouest-africain entre Lagos au Nigeria et Niamey au Niger via Dakar ; rail Trans-Afrique depuis Le Cap en Afrique du Sud jusqu’à N’Djamena au Tchad et Nairobi au Kenya) ;
projet de ligne électrique entre le barrage d’Inga en RDC et Le Caire en Egypte, pour 6 milliards de dollars ;
projets énergétiques (gazoducs du Nigeria vers le Sénégal et vers l’Europe via Alger), etc.

En septembre 2004, à Johannesburg, le président sénégalais Abdoulaye Wade a malgré tout déploré l’absence de résultats tangibles… De même, Georges Taylor-Lewis, un des responsables du NEPAD à la Banque africaine de développement, a déclaré : « Nous sommes très déçus ! Le secteur privé n’a pas répondu à l’appel des chefs d’État. Des entreprises se manifestent, elles viennent nous voir pour s’informer, mais après on n’en entend plus parler |18|. » L’échec se profile.

En fait, le NEPAD n’est rien d’autre qu’un gigantesque programme d’ajustement structurel appliqué à tout le continent africain. Pour être menée à bien, cette opération a dû revêtir l’apparence d’une démarche impulsée par des Africains. Mais est-elle bien l’œuvre de chefs d’État du continent ? On peut en douter quand le Premier ministre anglais, Tony Blair, vend la mèche en 2003 : « C’est dans cet esprit de solidarité internationale que le gouvernement travailliste de Grande-Bretagne a ouvert la voie à l’annulation de la dette du tiers-monde, augmenté l’aide proportionnellement au PIB comme aucune autre nation comparable ne l’a fait, et conçu le Nepad, Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique |19|. »

Les pays les plus industrialisés ont donc conçu un plan qu’ils ont demandé à leurs alliés les plus zélés en Afrique de faire appliquer. Le capitaine de ce navire est l’Afrique du Sud, première puissance économique du continent : elle abrite le secrétariat du NEPAD. Le Nigeria, le Sénégal, l’Algérie, l’Egypte sont les fidèles seconds. Les places furent chères, les présidents de ces pays ont dû jouer des coudes pour avoir cette reconnaissance-là. Ils sont chargés de promouvoir des politiques libérales afin d’ouvrir de nouveaux marchés aux sociétés multinationales du Nord et de surveiller les agissements des autres pays africains.

A cette fin, le NEPAD comporte depuis mars 2003 un Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), qui est officiellement « un mécanisme d’autoévaluation auquel ont volontairement adhéré les États membres de l’Union Africaine dans le but d’encourager l’adoption des politiques, normes et pratiques qui conduiront à la stabilité politique, la croissance économique élevée, au développement durable et à l’intégration économique régionale accélérée |20|. » Il s’agit en fait d’un mécanisme de contrôle des Africains par d’autres Africains qui sont à la solde des puissances occidentales. On retrouve là le vocabulaire utilisé habituellement par les institutions internationales quand elles cherchent à imposer leur logique sans y paraître. Pourtant, comme le disent Susana Jourdan et Jacques Mirenowicz, fondateurs de la Revue durable : « Il n’y a pas de corrélation entre la croissance et le bien-être. Et c’est bien la question du bien-être qu’il faut mettre à l’avant-scène |21|. » Tant pis pour le bien-être : la camisole néolibérale est prête.

Les chouchous…
Parmi les pays africains ainsi soumis, la « communauté internationale » distingue les bons élèves, les cancres et les autres…

Les chouchous sont ceux qui savent déjà attirer les capitaux étrangers en étant économiquement « attractifs », indépendamment des souffrances des populations sur place. En effet, les investissements directs étrangers (IDE) ne sont absolument pas une garantie que le niveau de vie des populations va croître, bien au contraire puisque les investisseurs étrangers cherchent avant tout à rentabiliser leur investissement. Selon la Cnuced, les pays africains ont attiré 15 milliards de dollars de capitaux étrangers en 2003, mais les disparités entre pays sont importantes. Ceux qui se sont distingués en 2003 sont le Maroc, l’Angola, la Guinée équatoriale, le Nigeria et le Soudan, qui ont reçu plus d’un milliard de dollars en IDE, suivis par l’Algérie, le Tchad, la Libye, l’Afrique du Sud et la Tunisie (entre un demi et un milliard de dollars). Le pétrole, produit stratégique par excellence, est un dénominateur commun de la plupart d’entre eux. Un petit pays comme Sao Tomé et Principe, État insulaire au large du Gabon très prometteur sur ce plan, est traité avec égards, notamment dans la perspective de l’établissement d’une base militaire états-unienne. Le fait que le président Fradique de Menezes soit anglophile et proche de George Bush, que la population soit majoritairement chrétienne et que l’archipel soit situé en marge de la zone d’influence française, augmente encore sa cote.

D’autres pays bénéficient de la clémence des grandes puissances : le Botswana, la Namibie et Maurice. Ils possèdent des ressources intéressantes (diamant pour les deux premiers) ou une industrie naissante (textile pour le troisième). Ils ont pu, pour des raisons diverses, profiter relativement des revenus qu’elles ont générés. La plus faible emprise des pays riches qui leur ont laissé une paix relative et, ce qui n’est pas sans rapport, des élites plus respectables peuvent expliquer qu’ils aient une image plutôt positive en Afrique, sans pour autant être idéale. Comment oublier par exemple le sort réservé, à partir de 1997, aux Bushmen au Botswana, expulsés de leurs terres ancestrales dans le Kalahari, région prospectée pour le diamant ?

On le voit, les besoins financiers pour garantir les droits humains fondamentaux ne sont nullement pris en compte quand il s’agit de choisir les pays récipiendaires de la grande majorité des investissements. Comment dès lors parvenir à la satisfaction de ces droits avec le modèle actuel si elle n’est pas dès le départ le but suprême ?

… et les cancres
A l’opposé, certains pays africains semblent abandonnés à leur triste sort. La Somalie est de ceux-là. Après la longue dictature de Syad Barré de 1969 à 1991, l’État s’est disloqué, sombrant sous les coups de boutoir des seigneurs de guerre et de leurs milices. Les Marines états-uniens ont débarqué à Mogadiscio sous les caméras des journalistes en décembre 1992 (la fameuse opération Restore Hope), mais l’intervention militaire des États-Unis et de l’ONU fut un échec. Depuis, les grandes puissances observent de loin… La Somalie s’est décomposée, ne disposant plus d’institutions officielles depuis 1991, alors que la guerre civile a fait environ 500 000 morts. Plusieurs provinces ont fait sécession (Somaliland en 1991, Puntland en 1998). En octobre 2004, le Parlement de transition, qui doit siéger au Kenya faute de sécurité suffisante en Somalie même, a nommé un Président (Abdallah Youssouf Ahmed), qui a désigné un Premier ministre, puis un gouvernement comptant pas moins de 74 ministres. Mais aucun État central n’existe dans ce pays : la présidence n’a pas de siège, le Président n’a pas d’armée, pas de budget |22|.

Le pays le plus stigmatisé ces dernières années est sans conteste le Zimbabwe. L’ancienne Rhodésie du Sud, indépendante depuis 1980 et dirigée par Robert Mugabe, est mise au ban des nations. Son crime est d’avoir permis l’occupation sauvage, par d’anciens combattants contre le régime raciste de Ian Smith, de grandes propriétés agricoles détenues par les fermiers blancs. Après l’indépendance, acquise justement sur fond de revendication de récupération des terres, la situation s’était enlisée, perpétuant une répartition de la terre particulièrement injuste : quelques milliers de fermiers blancs régnaient sur de vastes exploitations occupant les zones les plus fertiles, tandis que 700 000 familles de paysans noirs se partageaient des terres moins propices à la culture. Faisant face à des difficultés économiques à partir de 1991 et contraint à la signature d’un plan d’ajustement structurel avec le FMI et la Banque mondiale, le régime de Mugabe a subi des critiques de plus en plus virulentes et affronté des mouvements sociaux de grande ampleur. Il a alors favorisé et instrumentalisé les premières occupations de terre pour redorer son image. Le phénomène s’est amplifié à partir de 2000, alors que l’opposition, soutenue par les puissances occidentales, gagnait en audience. Elle était aidée en cela par les sanctions imposées par les pays du Nord envers Mugabe. Depuis, le pouvoir se crispe, recourant à des méthodes peu recommandables, même si Mugabe reçoit le soutien de plusieurs chefs d’État africains, comme le président namibien Sam Nujoma. En septembre 2002, Mugabe déclare au siège des Nations unies à New York : « Nous refusons d’être une extension de l’Europe. Nous sommes africains et nous le demeurerons. [...] Je demande à cette Assemblée Générale de faire savoir à la Grande-Bretagne et spécialement à son Premier ministre Tony Blair que le Zimbabwe a cessé d’être une colonie britannique en 1980 |23|. » La situation s’aggrave : la production agricole est totalement désorganisée et la situation alimentaire est particulièrement difficile dans ce pays qui a longtemps été une zone agricole de tout premier plan. Le Zimbabwe subit aujourd’hui les châtiments corporels réservés aux pires des cancres : ceux qui n’acceptent pas, à tort ou à raison, de rentrer dans le rang.

Parmi les cancres toujours, on ne peut s’empêcher d’évoquer la Zambie, laissée seule avec son cuivre que les multinationales du secteur ont déserté, ou le Burundi, en guerre civile de 1993 à 2003 et sur lequel plane toujours l’ombre du drame rwandais, après la période de transition ouverte en août 2000 par les accords d’Arusha…

PPTE pour les autres
Les pays connaissant de grosses difficultés, et ils sont nombreux en Afrique, ont vu apparaître un nouveau sigle magique : PPTE. En 1996, au sommet du G7 de Lyon, les pays riches ont fait, une fois de plus, le constat que la dette était un fardeau insupportable pour les pays les plus pauvres, et qu’elle risquait de provoquer des interruptions répétées de paiement, voire des remises en cause plus ou moins violentes du système en place. Ils ont alors décidé une initiative très médiatisée d’allégement de la dette, baptisée « initiative PPTE » (pays pauvres très endettés). Se révélant fort insuffisante, l’initiative initiale a été renforcée en 1999, lors du sommet du G7 de Cologne.

Officiellement, c’était une révolution… Elle devait permettre aux pays concernés de faire face à « toutes leurs obligations présentes et futures en matière de service de la dette extérieure, sans rééchelonnement de la dette ou accumulation d’arriérés et sans affaiblir la croissance ». La grande nouveauté était l’implication pour la première fois du FMI et de la Banque mondiale : « Cette initiative marquait une rupture importante avec les pratiques établies, toute réduction antérieure de la dette due aux institutions financières multilatérales ayant été refusée sous prétexte que cela affaiblirait leur "statut de créancier privilégié" |24| ».

Mais loin d’apporter une solution au problème de la dette de tous les pays en développement, l’initiative se place d’emblée dans une démarche restrictive : elle ne s’applique qu’aux pays les plus pauvres (revenu par habitant inférieur à 865 dollars), qui ont accès aux financements concessionnels de l’Association internationale de développement (AID, branche de la Banque mondiale) et à la Facilité du FMI pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC). Moins d’un pays en développement sur deux répond à ce critère : 81 sur 165 en tout.

Mais cela était encore trop ! Deux conditions ont été ajoutées : l’endettement du pays doit demeurer intolérable après application des mécanismes traditionnels d’allégement ; les pays doivent avoir appliqué, selon la Banque mondiale, « avec succès des stratégies axées sur la réduction de la pauvreté et la mise en place des fondements d’une croissance économique durable ». Critère discutable puisque les politiques imposées par les institutions internationales en Afrique pour favoriser la croissance vont fondamentalement à l’encontre de l’objectif de réduction de la pauvreté, cela est démontré depuis plus de vingt ans. Bref, de manière plutôt opaque, les grandes puissances ont sélectionné 42 pays, dont 34 en Afrique |25|, pour participer à l’initiative.

Le parcours du combattant
Pour eux, le franchissement de deux étapes s’impose. Pendant une première période de trois ans, le pays doit appliquer les réformes économiques demandées avec insistance par la Banque mondiale et le FMI. Leur logique est la même que celle de l’ajustement structurel dont nous avons vu les effets destructeurs. Afin de faire accepter cette nouvelle potion amère aux populations, l’initiative prévoit la rédaction, « en consultation avec la société civile et avec l’appui de la Banque, du Fonds et des autres bailleurs d’aide extérieure », d’un document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP), intérimaire dans un premier temps. Cependant, nombreux sont les exemples attestant que la consultation de la société civile fut très parcellaire et sélective, beaucoup d’organisations n’ayant pas les moyens techniques ou financiers de peser sur les discussions, notamment celles établies hors de la capitale. D’autres, au contraire, étaient créées par des proches du pouvoir pour porter la parole officielle et profiter de quelques crédits alléchants. Les pressions furent souvent énormes pour parvenir rapidement à la signature d’un accord sans provoquer de remous, et en général, la consultation fut bâclée pour permettre aux institutions internationales et aux dirigeants africains de parvenir à leurs fins, comme le confirme le PNUD : « Prenons l’exemple du Burkina Faso, où la participation à l’initiative PPTE et à la stratégie de réduction de la pauvreté a pris la forme d’une réunion d’une heure et demie entre donateurs et organisations de la société civile |26|. »

Ainsi l’ajustement structurel a tout fait pour se parer de la caution de la société civile et affaiblir ses critiques face aux mesures économiques qui étaient mises en place. Ce qui ressort surtout de cette consultation factice, c’est que les mouvements sociaux ont été invités à se prononcer sur l’affectation de quelques fonds bien modestes, mais les promoteurs de l’initiative PPTE ont pris soin de ne pas leur laisser la possibilité de remettre en cause l’organisation générale de l’économie. Les leviers de décision restent entre les mains des institutions internationales, qui ne cèdent pas un pouce de terrain. La domination demeure, relégitimée par cette démarche faussement consultative.

A l’issue de ces trois ans de réformes libérales inspirées de l’ajustement structurel, arrive le « point de décision ». Il faut déterminer si la dette du pays est insoutenable ou non. Mais comment faire ? Les institutions internationales ont alors décidé – arbitrairement – d’un critère d’insoutenabilité. L’adjectif « arbitraire » s’impose effectivement : le critère principal pour passer à l’étape suivante n’a absolument aucun sens ! En effet, il faut que le quotient de la valeur actuelle nette |27| de la dette par le montant annuel des exportations soit supérieur à 150 %, ce qui est ridicule car on compare alors un stock de dette (accumulé depuis des années) avec un flux annuel de capitaux, qui plus est concernant les exportations qui ne rentrent pas toutes, loin de là, dans la poche de l’État en question |28|.

Une fois le point de décision atteint, le FMI et la Banque mondiale utilisent donc ce critère pour décider si la dette du pays est insoutenable ou non. Quatre pays sur les 42, dont l’Angola et le Kenya |29|, ont alors appris que l’initiative PPTE ne les concernait plus : ils ont la « chance » d’avoir une dette soutenable, donc ils ne profiteront pas d’allégement spécifique à l’initiative PPTE. Si on enlève aussi le Laos qui a refusé d’intégrer l’initiative (quelle belle preuve de ses insuffisances !), il ne reste déjà plus que 37 pays.

Ces pays rescapés doivent alors continuer à établir des réformes économiques demandées par le FMI et la Banque mondiale, pendant une période variant officiellement entre un et trois ans. Le DSRP doit devenir définitif et correspondre aux desiderata des institutions internationales. Car bien sûr, ce sont elles qui proclament l’arrivée du point d’achèvement, où les allégements de dette sont définitivement délivrés. Ces allégements sont calculés pour qu’à terme, la dette redevienne soutenable. Théoriquement, le quota considéré doit repasser sous le seuil de 150 %.

La part de la dette due aux pays du Club de Paris (19 pays riches regroupés en un club bien peu transparent) est alors réduite de la manière suivante |30| : les crédits d’aide publique au développement (contractés à un taux inférieur au taux du marché) sont rééchelonnés sur 40 ans dont 16 de grâce |31| ; les crédits dits « commerciaux » sont annulés à hauteur de 90 % ou plus si nécessaire, la part restante étant rééchelonnée au taux de marché approprié sur 23 ans dont 6 de grâce. Les autres créanciers bilatéraux (pays hors Club de Paris comme les pays du Golfe ou des pays émergents) et les créanciers multilatéraux (FMI, Banque mondiale, banques régionales de développement, etc.) doivent compléter ce dispositif afin de rendre la dette soutenable. Certains pays riches, dont la France, ont accordé des allégements additionnels, allant jusqu’à 100 % d’annulation dans le cas des crédits commerciaux. Selon le discours officiel, à ce moment-là, le problème de la dette est définitivement réglé.

Le temps s’allonge
Pourtant, neuf ans après le début de l’initiative PPTE, c’est loin d’être fini :

Situation des 38 pays éligibles à l’initiative PPTE renforcée en avril 2005

Point d’achèvement   Point de décision   Autres
Ouganda Mai 2000 Cameroun Oct 2000 Burundi
Bolivie Juin 2001 Gambie Déc 2000 Côte d’Ivoire
Mozambique Sept 2001 Guinée-Bissau Déc 2000 Centrafrique
Tanzanie Nov 2001 Sao Tomé et Principe Déc 2000 Comores
Burkina Faso Avril 2002 Malawi Déc 2000 Congo
Mauritanie Juin 2002 Guinée Déc 2000 Laos
Mali Mars 2003 Tchad Mai 2001 Liberia
Bénin Mars 2003 Sierra Leone Mars 2002 Myanmar
Guyana Déc 2003 RDC Juil 2003 Somalie
Nicaragua Janv 2004     Soudan
Niger Avril 2004     Togo
Sénégal Avril 2004      
Ethiopie Avril 2004      
Ghana Juil 2004      
Madagascar Oct 2004      
Honduras Avril 2005      
Zambie Avril 2005      
Rwanda Avril 2005      

Les pays non africains sont en italique. Source : FMI.

Le retard pris par l’initiative est tel que la date prévue pour sa clôture a dû être repoussée plusieurs fois. Au sommet du G8 de Sea Island (États-Unis) en juin 2004, devant le faible avancement de l’initiative qui devait prendre fin en décembre 2004, il a été décidé de la prolonger jusqu’à la fin 2006. C’est un signe qui ne trompe pas.

D’autres problèmes s’accumulent autour de cette initiative bien mal en point. Il est surprenant que tant de pays ayant atteint le point de décision de l’initiative en 2000 (un coup d’accélérateur avait été donné à cette date-là pour annoncer des chiffres présentables à la fin de l’opération liée au Jubilé) ne soient pas parvenus au point d’achèvement, alors que la période entre les deux points est supposée limitée à trois ans. A la fin 2004, sur les 12 pays qui étaient dans la phase interimaire, 10 avaient dépassé le seuil de trois ans, prouvant un dysfonctionnement de plus de l’initiative PPTE. Le nouveau coup d’accélérateur donné en avril 2005, grâce auquel 3 pays ont atteint le point d’achèvement, ne parvient pas à masquer ce constat d’échec. Le rapport présenté au Parlement français sur les activités du FMI et de la Banque mondiale pour la période 2003-2004 |32| s’en fait l’écho : « La période intérimaire entre le point de décision et le point d’achèvement tend à s’allonger [...] la question de la durée de la période intérimaire demeure posée dès lors que la notion de point d’achèvement est devenue "flottante" depuis le sommet de Cologne, alors qu’une période intérimaire limitée à trois ans avait été prévue à l’origine de l’initiative PPTE. » Visiblement, les exigences macro-économiques du FMI ont pris le dessus sur l’urgence à alléger le fardeau de la dette… à moins que le renforcement de ces exigences ne soit le véritable but de ce que l’on a présenté comme une initiative d’allégement de la dette…

Pour un pays au moins, le Cameroun, la perspective d’atteindre le point d’achèvement s’est même éloignée en 2004. Les documents officiels lui annonçaient ce point final pour le quatrième trimestre 2004. Mais à la fin août 2004, sans annonce officielle, des indiscrétions dans la presse camerounaise révélaient que l’initiative PPTE y était stoppée. Il semblerait que des détournements de fonds alloués dans le cadre de cette initiative aient été découverts (on parle de 11 milliards de FCFA, soit près de 17 millions d’euros). Voir dans cette discrétion officielle la volonté de préserver le président Paul Biya, ténor de la « Françafrique », pendant les semaines précédant l’élection présidentielle d’octobre 2004, est sans doute de l’affabulation pure… Selon le Trésor français, interrogé à ce propos, le Cameroun atteindrait au mieux le point d’achèvement fin 2005, soit bien plus tard que prévu |33|.

Alléger pour payer plus…
L’initiative PPTE ne fonctionne pas. Le fondement même de l’initiative est en cause. Car aucun pays ne parvient à se redresser une fois l’initiative achevée. Les remboursements restent très importants, et la misère est loin de se résorber. Ce n’est pas étonnant, car le but de l’allégement de dette proposé aux PPTE atteignant le point d’achèvement est avant tout d’empêcher toute interruption dans les remboursements, pas de soulager les populations du fardeau de la dette. Soyons clair : on allège la part de la dette des PPTE que, de toute façon, ils n’auraient jamais pu rembourser. Pour le FMI et la Banque mondiale, un quota (valeur actuelle nette de la dette / exportations) supérieur à 150 % traduit une dette insoutenable donc 150 % marque le niveau maximal d’une dette soutenable. Se contenter de réduire ce quota à 150 % prouve indéniablement que l’on cherche à ramener la dette des PPTE au maximum supportable. Pour le reste, ils paient, certes un peu moins dans l’immédiat, mais la dette repart très vite à la hausse et leur économie est profondément réformée dans le sens souhaité par les créanciers, à l’opposé de l’intérêt des peuples africains.

Effectivement, la dette repart à la hausse, car le point d’achèvement s’accompagne souvent déjà de la signature d’un accord avec le FMI qui accorde un prêt au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC). Par exemple, un unique communiqué de presse du FMI a annoncé en juillet 2004 la possibilité pour le Ghana d’emprunter 39 millions de dollars et son arrivée au point d’achèvement de l’initiative PPTE. Le but n’est absolument pas de construire une économie financée par une redistribution des richesses et libérée du fardeau de la dette.

La Cnuced est cruelle pour l’action des créanciers : « Huit années après [le début de l’initiative PPTE], malgré quelques progrès initiaux à la suite de l’adoption de l’Initiative renforcée, les pays africains pauvres très endettés sont encore loin d’avoir retrouvé des niveaux d’endettement viables.  » Et les choses ne vont pas s’améliorer, puisque, toujours selon la Cnuced, les paiements au titre du service de la dette après l’Initiative PPTE pour les 23 pays africains ayant atteint le point de décision à la fin 2003 devraient passer d’environ 1,75 milliard de dollars en 2003 à 1,90 milliard de dollars en 2005. Plus précisément, 16 d’entre eux devraient rembourser davantage en 2005 qu’en 2003 :

Projections du service de la dette extérieure publique
dans les PPTE africains parvenus au point de décision fin 2003

En millions de dollars 2003 2004 2005
Bénin 30,9 30,3 33,5
Burkina Faso 25,5 26,5 27,3
Cameroun 288,5 295,5 288,8
Ethiopie 88 89 88
Gambie 15,5 10,1 11
Ghana 163,5 103,6 111,6
Guinée 89,2 78,9 68,5
Guinée-Bissau 5,1 5,6 3,6
Madagascar 53,6 72,5 72,7
Malawi 66,9 38,9 50,6
Mali 59,5 63 66,1
Mauritanie 54,1 60 60,8
Mozambique 47,1 50,9 57,3
Niger 26 28,8 29
Ouganda 75,5 85,5 91,5
RDC 149,8 220,5 256
Tanzanie 99,8 128,6 148,4
Rwanda 13 15,5 14,7
Sao Tomé et Principe 3,2 2,1 1,1
Sénégal 146,4 141,4 138,7
Sierra Leone 16,4 28,9 23,9
Tchad 40,2 44 46,7
Zambie 187,2 222,5 210,4
Total 1744,9 1842,6 1900,2

Source : Cnuced, Endettement viable : Oasis ou mirage ?, 2004.

De surcroît, l’aide envers les PPTE est souvent réduite et ne vient pas s’ajouter à la réduction de la dette. La Cnuced cite une étude qui a montré que « les ressources dégagées par l’allégement de la dette, même dans les pays qui avaient atteint le point d’achèvement, étaient quasi nulles. »

En résumé, pour la Cnuced, « il est de plus en plus improbable que les PPTE bénéficiaires puissent atteindre un niveau d´endettement viable - compte tenu des critères d´exportations et de revenus - après le point d´achèvement et à long terme ». L’échec n’est pas reconnu seulement par cette instance officielle de l’ONU : « En avril 2001, le FMI et la Banque mondiale ont publié un document dans lequel il était reconnu pour la première fois que l’Initiative PPTE pourrait ne pas déboucher sur une viabilité à long terme de l’endettement. »

Un nom savant pour les erreurs du FMI
Les prévisions du FMI concernant un pays dont il contrôle l’économie sont toujours très exagérément optimistes. Les PPTE n’ont pas échappé à la règle. Les estimations concernant la croissance ou les exportations se sont révélées erronées. Par exemple, un rapport |34| sur le Burkina Faso publié par la Banque mondiale et le FMI en août 1997 a tenté de prévoir l’évolution de la situation économique jusqu’en 2019 (il suffit de se reporter vingt ans en arrière pour comprendre que l’analyse des experts économiques est relative...). Les augustes experts ont pris comme base d’analyse pour le Burkina, pour la période 2000-2019, une hausse annuelle de 9 % des volumes de coton exportés et de 10 % de ceux d’or, ce qui les a amenés à tabler sur une croissance du montant total des exportations de l’ordre de 8 % par an de 2001 à 2019.

Croissance annuelle (%) 1997-2000 2000-2019
Exportations totales +10-11% +8%
Coton +13% +9%
Or +10% +10%

Prévisions du FMI et de la Banque mondiale, 1997

Un nouveau rapport |35|, en juin 2000, tempère cet enthousiasme : après la mauvaise récolte de 1999, le FMI et la Banque mondiale considèrent que les volumes de coton exportés n’augmenteront que de 6 % à partir de 2001, revoyant à la baisse la croissance des volumes exportés totaux : +7,6 % de 2000 à 2007, puis +5 % de 2008 à 2018.

Douche froide encore quand le cours du coton s’effondre : « Entamée en 1997, avec une parenthèse fin 2000, cette décrue s’est transformée en chute libre en 2001. Baromètre des cours internationaux, l’indice Cotlook A est alors passé de 64,95 cents la livre à 36,65 cents à la mi-octobre, un plancher jamais atteint depuis la campagne 1973-1974. Or une forte baisse des cours mondiaux peut entraîner des manques à gagner importants pour les pays très dépendants : 28,6 milliards de francs CFA (43,6 millions d’euros) par exemple pour le Bénin ; 40 milliards de francs CFA (61 millions d’euros) pour le Burkina Faso en 2002 |36|. » La réalité est donc bien loin des prévisions des experts du FMI et de la Banque mondiale, selon les propres chiffres du FMI publiés en juin 2003 |37| :

En milliards de FCFA 1998 2002 Variation en %
Exportations totales 190,6 164,2 -13,9%
Coton 120,9 88,8 -26,6%
Or 9,5 3,9 -58,9%

Source : FMI, 2003

Bien sûr, dans ces conditions, alors que les rentrées financières étaient bien moindres, les prévisions concernant l’évolution de l’endettement du pays se sont trouvées également faussées. L’allégement de dette compris dans l’initiative PPTE était calculé sur ces bases erronées calculées par le FMI, donc, comme le Burkina Faso, certains pays ont atteint le point d’achèvement de l’initiative en ayant toujours une dette jugée insoutenable par le FMI lui-même. Autre exemple, selon la Cnuced : « Si les exportations de la République-Unie de Tanzanie augmentent à un rythme annuel de 6,5 % (au lieu des 9 % prévus par le FMI et la Banque mondiale), le ratio dette/exportations de ce pays pourrait être deux fois plus élevé que celui que le FMI et la Banque mondiale ont projeté. » Les grands argentiers ont alors été contraints de décider un allégement supplémentaire, pour sauver la face. Cet allégement additionnel porte le doux nom de « topping-up ».

A cause de la forte baisse des cours du coton, le Burkina Faso fut le premier pays à être concerné. Selon un rapport officiel de la France, cette chute « avait entraîné une forte dégradation des exportations constatée au point d’achèvement en avril 2002 au regard des prévisions réalisées au moment du point de décision |38| ». Il y a donc bien eu erreur de prévision des institutions internationales : au lieu d’être devenu inférieur à 150 %, ce ratio absurde du FMI plafonnait à 199 %... Cela s’est reproduit pour le Niger et l’Ethiopie en 2004. Il a fallu encore corriger les erreurs. Selon les chiffres disponibles à la fin 2004, cinq des neuf premiers pays africains ayant atteint le point d’achèvement avait une dette demeurée insoutenable : Bénin, Burkina Faso, Mauritanie, Niger et Ouganda. Comparons le ratio valeur actuelle nette de la dette / exportations de ces pays |39| à la fin 2003, en rappelant que le but de l’initiative est de le ramener sous le seuil de 150 %.

Pays Ratio prévu Ratio constaté
Bénin 155 % 196 %
Burkina Faso 150 % 199 %
Niger 150 % 182 %
Ouganda 171 % 258 %

Source : FMI, HIPC Initiative : Status of Implementation, 20 août 2004.

La Cnuced soulève d’ailleurs un problème très révélateur sur le cynisme des créanciers : « Cinq PPTE parvenus au point d’achèvement, à savoir la Bolivie, la Mauritanie, le Mozambique, l’Ouganda et la République-Unie de Tanzanie, n’en ont pas bénéficié [du topping-up], car ils avaient atteint leur point d’achèvement avant que cette politique d’allégement additionnel ne soit mise en œuvre. »

En outre, selon le FMI et la Banque mondiale, plus de la moitié des pays dans la zone intérimaire auront besoin de bénéficier du topping-up : Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Malawi, Rwanda, Tchad et Zambie. C’est donc loin d’être un problème marginal. Pourtant il est intéressant de noter que les débats ont été vifs au sein du FMI car certains pays riches (dont les États-Unis, le Japon et l’Allemagne) refusaient de faire ce modeste effort supplémentaire, permettant à peine de parvenir au but fixé par l’initiative PPTE.

Le bilan de la Cnuced est un missile contre l’initiative : « Un consensus semble désormais se dégager sur le fait que l’initiative PPTE et les diverses mesures adoptées par le Club de Paris n’ont pas permis de mettre un terme au surendettement de nombreux pays africains. Le fait que même les pays qui ont atteint (ou sont en passe d’atteindre) le "point d’achèvement" afficheront bientôt un endettement non viable apporte de l’eau au moulin des critiques formulées concernant l’inadaptation des critères appliqués dans l’analyse de la viabilité de l’endettement. En outre, le fait que plusieurs pays surendettés d’Afrique ne peuvent bénéficier d’un allégement de leur dette au titre de l’initiative PPTE traduit le manque d’objectivité des critères d’admissibilité. [...] Selon la propre analyse du FMI et de la Banque mondiale, certains pays arrivés au point d’achèvement (notamment l’Ouganda) affichent actuellement des ratios d’endettement insoutenables tels que définis au titre de l’initiative PPTE. Cela s’explique par diverses raisons, notamment par la chute brutale des prix des produits de base depuis la fin des années 90 jusqu’au début 2002, par des hypothèses trop optimistes en matière de croissance économique et d’exportations et, dans certains cas, par de nouveaux emprunts. Par exemple, dans son étude, le Département de l’évaluation des opérations de la Banque mondiale estime que "la moyenne arithmétique globale du taux de croissance utilisée dans l’analyse de la viabilité de l’endettement est plus de deux fois supérieure à la moyenne historique de la période 1990-2000 et près de six fois plus élevée que la moyenne pour 1980-2000". » En effet : « à partir des taux de croissance projetés par le FMI et la Banque mondiale, la probabilité moyenne que les 27 PPTE ayant atteint le point de décision avant fin 2003 parviennent à un endettement viable en 2020 est de 83,9 % mais sur la base des taux historiques, cette probabilité tombe à 45,1 %. […] Tous ces éléments mettent sérieusement en cause la manière dont a été calculé le montant de l’allégement consenti dans le cadre de l’Initiative PPTE. » Les créanciers semblent pourtant se satisfaire fort bien de cette lamentable initiative.


source "l'afrique sans dette"
publié le 29.06.2008

lire la suite dans la 3ème partie de "L'AFRIQUE MUSELEE"

Publicité
Tag(s) : #articles de presse
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :